Chapter Text
Smoker
Vendredi 13 octobre
21 : 18
Tokyo - Commissariat
« Je suis innocent ! »
C’est la première phrase qu’il me crie au moment où j’entre dans la pièce. Je ne compte plus les fois où j’ai entendu mes suspects me dire ça. « Je suis innocent. », « Je n’ai rien fait. », « Ce n’est pas moi. ». Ce sont des phrases auxquelles on ne prête pratiquement plus attention avec le temps.
La première règle qu’on apprend en tant que flic c’est que les gens mentent. Parfois pour sur des détails sans importance, parfois sur des informations capitales. L’expérience nous apprend à démêler le vrai du faux et à repérer les affabulateurs. Cette fois-ci pourtant, je n’avais rien vu venir.
Avec le recul, je me dis que j’aurais dû voir les indices, que j’aurais pu éviter ça si j’avais été plus attentif. Dire que je l’appréciais… Jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse faire une chose pareille. Pourtant le voilà devant moi, menotté à la table, couvert du sang de mon meilleur inspecteur. Ses mains maculées de rouge tremblent, faisant cliqueter la chaîne des menottes. Son visage est baigné de larmes, et il me jette un regard suppliant au moment où je m’assois en face de lui. Comme si sa comédie allait encore marcher !
— Je vous en prie, vous devez me croire ! Ce n’est pas moi !
— Tiens donc. Dans ce cas j’imagine que vous allez pouvoir m’expliquer ce que l’arme du crime faisait dans votre sac ?
Je pose devant lui une photo de l’arme à feu qu’on a découvert dans ses affaires. Il faudra quelques jours pour avoir les résultats de la balistique, mais je sais déjà qu’ils seront positifs.
Il aura beau nier, le fait est qu’on a toutes les preuves de sa culpabilité.
— Non, c’est impossible, ce pistolet n’est pas à moi !
— Et pourtant, c’est sur vous qu’on l’a trouvé.
Poussant un gémissement désespéré, il se prend la tête entre les mains. Son front et ses cheveux sont déjà couverts de sang, signe que ce n’est pas la première fois qu’il fait ce geste.
— Comment il va ? Me demande-t-il finalement, larmoyant.
— Désolé de vous le dire, mais vous avez raté votre coup. Il va s’en sortir.
En réalité, j’extrapole un peu. Il est encore au bloc, mais les médecins sont confiants sur ses chances de survies. J’attends encore de recevoir des nouvelles de ceux qui sont restés à l’hôpital pour avoir la confirmation. Je suis confiant, têtu comme il est, il ne se laissera pas mourir si facilement !
— Dieu merci !!
Le soulagement sur son visage paraît tellement sincère qu’il me fait douter pendant un instant. Une seconde où je me mets à espérer avoir tort, où je veux croire qu’il me dit la vérité. Puis je baisse les yeux sur mon dossier, et je suis accablé par les preuves qu’il est le coupable.
— Pourquoi avoir tenté de le tuer ? Il avait découvert votre véritable identité et votre implication dans les meurtres, c’est ça ?
— Non ! Il ne sait pas qui je suis vraiment, et même s’il l’avait découvert, jamais je ne l’aurais jamais tué pour ça. Je l’aime !
— Ne soyez pas ridicule ! Vous avez été filmé en train de lui tirer dessus.
Je pousse sur la table une capture d’écran tirée de l’enregistrement de la caméra de surveillance au coin de la rue. La photo le montre clairement l’arme à la main en train de viser sa victime juste quelques secondes avant que le coup parte.
Son visage change de couleur en voyant l’image. Je peux lire la panique dans son regard, et cette fois je ne crois pas qu’elle soit feinte. Cet imbécile n’avait pas réalisé qu’il y avait une caméra qui filmait la ruelle. C’est vraiment une erreur de débutant !
— Je… C’est pas vrai… Merde !
Il recommence à pleurer. Ça me donne envie de lui en coller une. Un de mes hommes est sur la table d’opération entre la vie et la mort à cause de lui, il n’a aucun droit de pleurer.
— Vous croyiez sincèrement vous en tirer aussi facilement ?
— C’est un malentendu, je n’ai pas…
— Cesse de mentir !! Je crie soudain, frappant sur la table.
Il sursaute violemment et se recroqueville sur sa chaise.
— On sait que c’est toi. L’arme était dans tes affaires, on a une caméra de surveillance qui a tout filmé, et j’ai même deux témoins qui t’ont formellement identifié. Nier ne te servira à rien.
Je sens qu’il fait un effort pour ravaler sa panique. Comprenant que son approche n’est pas la bonne, il décide de me prendre directement à partie.
— Commissaire Smoker, vous me connaissez assez pour savoir que je n’aurais jamais fait de mal à Zoro.
— La personne que je pensais connaître est manifestement très loin de celle que tu es réellement. Quel genre de personne peut trahir à ce point la confiance de quelqu’un qui l’aime sincèrement ? Il faut vraiment être un Vinsmoke pour faire ça…
Son visage se referme brusquement. Il détourne la tête et je me retrouve face à un mur de cheveux blonds tachés de sang. D’un ton très calme et détaché, il déclare :
— Je veux un avocat.
Enfin je vois son vrai visage.
