Chapter Text
Chasser un tueur d’innocents en plein cœur d’une forêt plus dense que le cul d’un ours était loin de figurer au top de la liste des choses que Logan aurait voulu faire pendant sa semaine de vacances, mais c’était sa faute, vraiment. Il n’avait jamais su comment dire non au Professeur.
Au courant des deux dernières semaines, cinq dépouilles de randonneurs avaient été retrouvées et 4 autres personnes étaient portées disparues entre les limites du parc d’État de Bear Mountain, à trente minutes à peine de l’Institut Xavier. Vu le nombre grandissant de victimes, l’équipe s’était penchée sur l’affaire et avait considéré que Victor, alias Dents-de-sabre, était peut-être derrière le coup et qu’il valait mieux envoyer quelqu’un sur le terrain pour investiguer. Comme l’acolyte de Magneto et lui semblaient avoir un passé commun – bien qu’il ne se rappelât plus quoi que ce soit à ce sujet – et comme il était un bien meilleur traqueur en forêt que tous les autres X-Men rassemblés, on lui avait attitré le dossier, qu’il le veuille ou non.
La soirée était encore jeune lorsqu’il s’arrêta à Stony Point, l’une des villes les plus proches du parc d’État. Le soleil finissait de disparaître à l’horizon et Logan décida qu’il valait mieux se louer une chambre pour la nuit et commencer ses recherches dans les sentiers dès les premières lueurs du soleil. Avec ses sens surdéveloppés et ses facultés de guérison, il n’aurait normalement pas risqué grand-chose à se promener en forêt en pleine nuit, mais comme il ne savait pas à quoi s’attendre – que Victor soit ou non derrière ces morts et ces disparitions – il préférait rester prudent.
Il ne comptait pas se relâcher pour autant jusqu’au lever du jour, sans quoi il serait tout simplement resté à l’Institut. Il savait d’expérience que la meilleure manière d’évaluer la menace qu’il devait affronter était en entendant les informations et les rumeurs que les locaux possédaient. Et le meilleur endroit pour obtenir lesdites informations était le bar du coin, ce qui tombait plutôt bien, puisque Logan avait besoin d’un verre.
Le bar était anormalement vide considérant l’heure qu’il était, mais Logan convint que le comté avait dû perdre de nombreux touristes au courant des dernières semaines. Il s’assit au comptoir et commanda une bière en fût en observant discrètement les autres occupants de l’endroit. Deux autres hommes étaient accoudés au comptoir à côté de lui et il en vint à la conclusion, vue comment ils interagissaient avec le barman, qu’il devait s’agir des alcolos du comté. Quatre autres hommes entre 35 et 50 ans se tenaient autour de la table de billard et jouaient une partie animée. De là où il se trouvait, Logan pouvait parfaitement les entendre tellement ils parlaient fort. L’odeur de sueur, de bière et de cigarette qui transpirait d’eux lui donnait envie de grimacer. Il avait déjà senti cette odeur sur suffisamment de trous de culs pour savoir à quel genre de types il avait affaire.
Il ne tarda pas à apprendre que ces trous de culs en question célébraient en prévision de leur journée de chasse du lendemain, lors de laquelle ils comptaient attraper la bête qui terrorisait la population autour de Bear Mountain. Les types se voyaient déjà comme les héros des comtés environnants et s’attendaient à figurer à la première page des journaux dans les prochains jours, ce qui fit grogner Logan d’agacement. S’il ne trouvait pas le responsable des meurtres avant ces quatre idiots, il y avait fort à parier qu’ils finiraient bel et bien avec leur photo dans le journal, mais pour une raison entièrement différente que ce qu’ils espéraient.
Le seul autre client était un jeune homme qui ne pouvait possiblement pas avoir l’âge légal pour être assis dans cet établissement, et pourtant il buvait sa bière avec la plus grande désinvolture, toute son attention fixée sur l’écran de son ordinateur portable. Par curiosité, Logan jeta subtilement un coup d’œil par-dessus l’épaule du gamin lorsqu’il se dirigea vers la salle de bain, et même si son angle de vision n’était pas idéal, il n’y avait aucun doute que le gamin étudiait des cartes du parc de Bear Mountain, de ses sentiers à son relief en passant par les différents plans d’eau qui le traversait. Logan leva les yeux au ciel à cette vision. S’il devait protéger tous les idiots qui se croyaient capables de vaincre la menace qui planait autour de Bear Mountain en plus d’arrêter le fils de pute qui tuait tous ces innocents, alors il n’était pas sorti du bois.
-J’espère que t’as pas l’intention d’traquer cette bête tout seul, gamin, s’entendit-il maugréer sans vraiment réfléchir. Ce serait du pur suicide d’aller dans c’bois tout seul par les temps qui courent.
Les muscles du gamin se tendirent dès qu’il eut prononcé sa première syllabe et il le fixa d’un regard qui lui fit remettre en question son âge véritable. Un regard qui avait vu et survécu aux pires horreurs. Logan avait peut-être perdu une bonne partie de sa mémoire, mais il se rappelait tout de même avoir seulement vu de tels regards chez les soldats les plus braves auprès desquels il avait combattu en Europe et au Vietnam. Ce regard était celui d’un survivant, de quelqu’un qui n’avait jamais fléchit l’échine face à l’adversité, même après avoir tout perdu. Ce seul regard lui valut le respect de Logan sur le champ, mais le rendit également méfiant envers le gamin. Il n’osait même pas imaginer ce que ce type avait pu vivre pour être aussi hanté par son passé à un si jeune âge, mais il avait vu ce fardeau rendre plus d’une personne instable psychologiquement. Cette instabilité pouvait pousser ces braves personnes à commettre les pires conneries, comme aller affronter seules en territoire hostile une créature qui avait déjà possiblement tué une dizaine de personnes.
-De quoi tu t’mêles, mon vieux ? demanda le gamin sans jamais lâcher son regard.
Peut-être que son temps à l’Institut l’avait rendu mou, ou peut-être avait-il toujours eu un faible pour ces gamins têtus et idéalistes, mais il ne pouvait accepter que ce garçon, qui ne devait pas être tellement plus vieux que Rogue, Bobby et Kitty, aille risquer sa vie inutilement dans ce bois. Si c’était bel et bien Victor qui était derrière toutes ces victimes, il n’hésiterait pas à réduire le gamin en pièces et Logan s’en voudrait jusqu’à la fin de ses jours de ne pas avoir pu empêcher sa mort. Et comme il était immortel, c’était un poids qu’il préférait ne pas avoir à porter.
-Pourquoi t’attendrais pas quelques jours avant d’te lancer dans ta chasse au Sasquatch, hein ? répliqua-t-il en faisant abstraction de l’attitude du gamin. J’ai entendu dire qu’des experts étaient sur le coup, qu’ils allaient arrêter cette créature. T’as rien à gagner à aller risquer ta vie dans cette forêt, sauf une mort atroce.
-Des experts, hein ? pouffa le gamin, un sourire moqueur au coin des lèvres. Si tu parles de ces types là-bas, alors on est tous fichus.
-Tu devrais pas être à l’école, au centre commercial ou peu importe là où les gamins d’ton âge traînent ces jours-ci ?
-Tu crois qu’j’ai quel âge exactement ? répliqua le jeune homme sans se départir de son sourire moqueur.
-Trop jeune pour crever, ça c’est certain, grommela Logan Surtout pour des conneries dans c’genre.
Le gamin eut au moins la décence de se rembrunir à l’écoute de ses paroles. Il perdit son sourire, mais son regard se chargea d’une toute nouvelle intensité que Logan eut de la difficulté à identifier. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix avait perdu son intonation moqueuse et se voulait plus douce, comme une offrande de paix.
-Comment tu t’appelles ?
-Logan.
-Pas d’nom d’famille ?
-Qu’est-ce que t’en as à foutre d’mon nom d’famille ? répondit-il dans un grognement, ce qui fit naître un nouveau sourire au coin des lèvres du gamin.
-Eh bien, Logan, j’te remercie pour c’que t’essaie d’faire, vraiment, mais t’as aucune raison d’t’en faire, j’t’assure. J’ai pas l’intention d’crever d’sitôt.
Logan sentit une vague de soulagement l’envahir à ces mots. Il aurait donc une personne de moins à protéger si les choses devaient mal tourner le lendemain dans cette forêt. Il se préparait à tourner le dos au gamin pour retourner au bar lorsqu’il vit le gamin fermer son portable, ranger son cahier de notes et caller la bière qui restait dans son verre.
-Et toi, tu m’as toujours pas dit ton nom, lança-t-il tandis qu’il passait la bretelle de son sac sur son épaule.
-Non, en effet, répondit le gamin en passant devant lui. Salut Logan, profite bien d’ton séjour à Mountain Bear. Si tu veux un conseil, va pas t’promener dans l’bois avant qu’les experts aient géré la situation, ok ?
Sur ces mots, le gamin lui frappa amicalement l’épaule, puis sortit sans jeter un regard derrière lui. Logan le regarda partir en levant les yeux au ciel. Il était trop vieux pour endurer toutes ces conneries. Puis, il retourna vers son siège et fit signe au barman en sortant de sa poche la seule photo de Victor qu’il avait pu dénicher. Il avait encore du pain sur la planche.
***
En définitive, son enquête ne l’avait mené nulle part. Aucun des habitants qui avaient aperçu l’auteur de tous ces meurtres n’avait vécu assez longtemps pour en parler, donc Logan s’était seulement fait bourrer de théories abracadabrantes pendant toute la soirée. Même les bribes de rapports du coroner sur lesquelles il était parvenu à mettre la main ne lui avaient pas donné suffisamment d’informations pour qu’il puisse déterminer avec certitude si le tueur était un mutant ou une bête sauvage.
Il pénétra tout de même dans la forêt dès le lever du soleil et n’eut pas à s’enfoncer bien loin avant que l’odeur de corps en décomposition parvienne à ses sens surdéveloppés. Ce qui était curieux, c’était que l’odeur ne semblait pas provenir d’une direction particulière, mais émaner de la forêt même. Elle était si puissante que ses yeux en pleuraient et qu’il était incapable de détecter la moindre autre senteur. Plus le temps passait, toutefois, et plus il doutait que Victor soit capable de perpétrer de pareilles perturbations. Et puis, même s’il n’avait définitivement pas la meilleure hygiène corporelle, il était loin d’empester à ce point.
Ses sens finirent par le guider près d’un lac, où il découvrit la dépouille de l’ours le plus gigantesque qu’il ait vu de sa vie (du moins, à son souvenir). Alors ce monstre ne se contentait pas juste de tuer les êtres humains. Et s’il était assez habile pour vaincre une bête pareille, Logan ne devait surtout pas le sous-estimer. Il s’approcha du corps, qui semblait être en état de décomposition avancé, dans l’espoir de découvrir ce qui avait eu raison d’un tel mastodonte et il fut surpris de retrouver près d’une dizaine de flèches d’arbalètes enfoncées un peu partout dans sa chair, dont une directement fichée dans l’un de ses yeux. Il remarqua par le fait même une étrange marque sur son ventre, où un bout de fourrure semblait avoir été rasé. La marque en question ressemblait simplement à un cercle aux premiers abords, mais en l’étudiant de plus près, il constata qu’elle représentait plutôt un serpent qui mangeait sa propre queue. Il n’avait aucune idée ce que cela pouvait bien vouloir dire, mais s’il contactait l’Institut, peut-être que le Professeur pourrait l’aider à…
Ses pensées furent interrompues par une énorme main qui le saisit par le derrière de son t-shirt et le propulsa contre un arbre plusieurs mètres plus loin. L’impact le sonna pendant quelques secondes et lorsqu’il releva finalement la tête, il vit non pas une, mais quatre créatures cauchemardesques s’approcher lentement vers lui, Elles avaient toutes une forme humanoïde et portaient même des haillons, mais elles étaient bien plus grandes et plus baraquées que Logan, leurs crânes étaient complètement déformés et leurs doigts se terminaient par de longues griffes tranchantes.
-Mais qu’est-ce que…
L’une d’elle se jeta sur lui à une vitesse inhumaine en lançant un cri perçant qui assailli ses sens et le figea sur place, incapable de se défendre. Elle le frappa avec une force qui aurait été mortelle pour n’importe quel être humain normal et il fut à nouveau projeté plusieurs mètres vers l’arrière comme une simple poupée de chiffon. Une terreur telle qu’il n’avait jamais ressentie le transperça jusque dans la moelle de ses os lorsque la créature poussa un nouveau cri et embrouilla son esprit à un tel point qu’il ne songea même pas à se servir de ses propres griffes en adamantium avant que la créature l’ait pris à la gorge et soulevé au-dessus du sol, prêt à enfoncer ses ongles acérés droit dans son cœur. Logan put seulement remercier ses instincts pour le coup qu’il lui porta, puisque la peur l’empêchait de formuler le moindre plan pour se sortir de ce pétrin. La bête le lâcha en poussant un gémissement plaintif et le mutant sentit un regain de confiance l’envahir à l’idée qu’il était parvenu à la blesser, mais ses espoirs furent de courte durée : le coup, qui aurait normalement incapacité n’importe quel ennemi, était à peine parvenu à transpercer la peau de la créature et la lésion commençait déjà à se refermer. Comment ce fils de pute pouvait-il posséder des facultés de guérison plus rapides que les siennes ?
S’il s’arrêtait pour se poser des questions, c’en était fini pour lui, alors Logan préféra charger, toutes griffes sorties, et profita de la confusion de la créature pour lui porter trois autres coups bien placés en plein torse, qui eurent comme seul effet d’énerver la chose. Elle poussa à nouveau une longue complainte qui lui glaça le sang et se jeta sur lui pour le réduire en bouilli, mais juste alors qu’elle allait l’atteindre, elle fut freinée sec par une lame qui transperça son cœur. Le cri qui sortit de sa gueule fut cette fois empreint d’agonie, puis elle tomba comme une roche aux pieds de Logan, dévoilant par le fait même son sauveur : le gamin de la veille, dont il ignorait toujours le nom. Le petit connard eut même le culot de lui offrir son plus beau sourire moqueur, qui lui donna envie de le défigurer.
-T’inquiète pas Logan, les experts sont sur les lieux, lança-t-il en sortant son long couteau de la poitrine de la créature.
-Comment…Qu’est-ce que…fut tout ce que le mutant trouva à répondre avant qu’une nouvelle salve de cris stridents lui transperce les tympans.
Les deux hommes se tournèrent à l’unisson vers la direction des hurlements pour voir les trois créatures restantes s’approcher d’eux lentement, comme des prédateurs jouant avec leurs proies.
-Merde ! s’exclama le garçon. Pourquoi il faut toujours qu’ils soient toute une meute!
Logan fut incapable de bouger à la vue de ces choses, et il commençait vraiment à en avoir ras le bol de perdre ses moyens à la seule vue de ces créatures, qui étaient pourtant loin d’être les plus dégoûtantes qu’il ait jamais affrontées. Ce fut le gamin qui le sortit de sa transe en le poussant dans la direction opposée et en le trainant avec lui vers les profondeurs de la forêt. Logan le suivit sans poser de questions jusqu’à une cabine, située à quelques centaines de mètres du lac. La porte eut le malheur d’être verrouillée, mais il arrangea le problème d’un seul coup de pied bien placé près de la serrure. Tous deux se jetèrent à l’intérieur et tandis que Logan poussait l’armoire la plus lourde qu’il avait pu trouver contre le battant, il vit le gamin sortir une canisse de gros sel de son sac et l’étendre devant toutes les ouvertures. Le mutant préféra ne pas poser de questions à ce sujet. Il avait des interrogations plus pressantes qui nécessitaient des réponses.
-Qu’est-ce que c’est qu’ces trucs ? lança-t-il en restant appuyé contre la porte pour offrir une protection supplémentaire au cas où ces bêtes décidaient de faire une visite surprise.
-Des berserkers, répondit le gamin le plus calmement du monde, comme s’il affrontait ce genre de monstres tous les jours et comme s’il se fut attendu à ce que Logan comprenne ce qu’il venait de dire.
-Mais encore…? Parce que j’suis pas mal certain qu’ces berserkers s’trouvent pas dans l’Atlas des animaux !
-Crois-le ou non, mais y a deux semaines à peine, ces choses dehors étaient aussi humaines que toi et moi. Ils ont été transformés en ces créatures en tuant un animal portant la marque du berserker.
-Laisse-moi deviner : un serpent qui s’mord la queue ?
-Pas mal, vieux, répliqua le gamin, qui paraissait agréablement surpris. Il fut un temps où les chamans marquaient certains animaux avec ce symbole pour en faire les protecteurs des forêts. Les bêtes marquées se voient attribuer des capacités extraordinaires et leur essence vitale est liée à la forêt à laquelle ils appartiennent, mais la marque porte également un puissant sort qui s’active uniquement si la bête est tuée par la main d’l’homme. C’est ce sort qui crée les berserkers.
Logan prit quelques secondes pour observer le gamin dans la semi-obscurité de la cabine. Il avait entendu son lot de choses folles au fil des années – il était un mutant qui travaillait auprès du professeur Charles Xavier, après tout – mais ce type remportait la palme, et de loin. Et pourtant, il se surprit à croire ses moindres paroles, aussi folles soient-elles, possiblement parce qu’il avait combattu la preuve même à peine quelques minutes plus tôt. Ce qu’il n’arrivait pas à comprendre, c’était pourquoi ce simple gamin en savait autant au sujet des berserkers et pour quelle raison il affrontait ces créatures seul, sans le moindre renfort à l’horizon, alors que chasser ces trucs nécessitait visiblement l’effort combiné de tout un contingent. Ce gamin souhaitait-il donc mourir ? Comme il soupçonnait qu’il ne répondrait pas à des questions aussi personnelles, Logan préféra reporter son attention sur la menace qui les cernait.
-Quand cette chose a crié, tout à l’heure, j’ai…j’ai été frappé par une terreur paralysante comme j’avais jamais ressentie. J’ai jamais reculé devant un combat…
-J’peux comprendre pourquoi, pouffa le gamin en pointant ses griffes du menton, et Logan constata que dans son empressement à s’éloigner des berserkers, il n’avait pas pensé à rentrer ses griffes. C’est la meilleure arme des berserkers pour vaincre leur proie : leurs cris répandent une vague de peur et de panique qui fige leur victime sur place. C’est un miracle que tu sois encore en un seul morceau, mon vieux.
-Tu peux remercier mes facultés de guérison, répliqua Logan en observant attentivement la réaction du gamin, qui ne réagit même pas face à la confirmation qu’un mutant en chair et en os se tenait devant lui. Tu semblais pas être affecté par leurs cris, toi.
-J’me suis préparé avant d’entrer dans la forêt, répondit-il en lui montrant deux écouteurs qui pendaient de sa veste et desquels jouait à tue-tête du rock classique. Ça affecte ma perception, mais j’vais prendre tout c’qui m’donne une chance de survivre contre un berserker.
-T’es plus brillant qu’t’en as l’air, gamin. Et comment on tue ces fils de putes ? Parce qu’y a pas grand-chose qui peut survivre à ces griffes, mais cette créature semblait à peine affectée quand je l’ai attaquée.
-C’est là qu’les choses se compliquent. Les berserkers sont pratiquement invulnérables et ils se regénèrent à une vitesse folle, mais ils restent liés à la nature, qui est une puissance cyclique. Le seul moyen qu’on ait trouvé pour les tuer, jusqu’à présent, c’est donc d’leur transpercer l’cœur avec une arme trempée dans l’sang d’une de leurs victimes.
-Tu t’fous d’moi ?
-J’ai bien peur que non.
-Et comment t’as pu dénicher du sang d’leurs victimes ?
-J’crois pas qu’tu veuilles savoir, mon gars, répondit le gamin en lui servant un sourire gêné.
Il avait raison, Logan préférait ne pas connaître les détails, du moins pour l’instant. Plus le temps passait en compagnie du gamin et plus le mystère s’épaississait autour de lui, mais pour l’heure, tout ce qu’il avait besoin de savoir, c’était qu’il pouvait combattre à ses côtés sans se faire poignarder dans le dos. Considérant que le gamin avait passé le test en risquant sa vie pour le sauver un peu plus tôt, il voulait bien lui faire confiance le temps de ce combat. Et puis, il n’avait montré aucun signe d’aversion ou d’inconfort envers lui en voyant qu’il était un mutant, ce qui faisait de lui une denrée rare dans la société actuelle. À vrai dire, les seules personnes que Logan avait rencontré qui avaient fait preuve d’une telle ouverture envers sa mutation s’étaient révélé être mutants eux-mêmes, alors se pouvait-il…
Oh, et puis quelle importance ? Il aurait amplement le temps de percer le mystère que représentait ce gamin lorsque leurs vies ne seraient plus en danger.
-T’as encore un peu d’ce sang sur toi ? C’est hors de question que j’te laisse combattre ces choses seul, ils vont faire qu’une bouchée d’toi.
Le gamin pouffa, comme si l’idée qu’il ait pu mourir aux mains des berserkers eut été complètement farfelue, mais il porta tout de même la main à son sac à dos et l’ouvrit pour en retirer une fiole à moitié remplie de sang. Il la tendit à Logan en lui lançant un regard indéchiffrable, mais dans lequel le mutant cru tout de même reconnaître de la reconnaissance.
-T’as pas à faire ça, tu sais, lâcha-t-il tandis que Logan repeignait grossièrement ses griffes en rouge.
-Tu t’fous d’moi ? J’ai des griffes en adamantium qui m’sortent des jointures et j’peux guérir de blessures mortelles en quelques secondes à peine. C’est plutôt moi qui devrais t’forcer à rester sur le banc, gamin.
-Après c’que j’ai vu tout à l’heure, j’crois qu’t’as encore besoin d’un peu d’entraînement avant d’voler d’tes propres ailes, cowboy, lui sourit Dean. Mais pour c’que ça vaut, sache que j’apprécie ton aide.
-Assez pour me donner enfin ton nom ? lui sourit le mutant en retour, ce qui fit rigoler le gamin.
-J’m’appelle Dean, répondit-il en lui tendant la main, que Logan serra avec entrain. Et j’ai 23 ans, tu sais. J’suis plus un gamin depuis longtemps.
-À mes yeux, tout l’monde est un gamin. Raison d’plus pour éviter d’te faire tuer dehors, hein ?
-J’vais faire de mon mieux, répliqua Dean en haussant les épaules. Maintenant, tout c’qui nous reste à faire, c’est te trouver quelque chose à t’mettre dans les oreilles pour bloquer l’effet d’leurs cris.
La cabine où ils se cachaient servait visiblement plus à la chasse qu’à la plaisance, ce qui signifiait qu’elle était vide et plutôt mal entretenue, mais en fouillant un peu dans les tiroirs, ils parvinrent à trouver une chandelle.
-T’as déjà lu l’Odyssée ? demanda Dean en allumant la chandelle. On va ulysser ces fils de putes.
Quelques minutes plus tard, Logan avait suffisamment de cire qui lui sortait des oreilles pour assourdir ses sens surdéveloppés. Il entendait encore certains bruits autour de lui, mais il espérait que ce soit suffisant pour éviter de tomber à nouveau dans le piège des berserkers.
-Prêt ? demanda Dean, une main sur la poignée, l’autre tenant fermement son long couteau.
-Toujours prêt.
Le gamin n’eut pas besoin d’en entendre plus pour ouvrir la porte et se propulser à l’extérieur, Logan à sa suite.
La chasse était maintenant ouverte.
