Chapter Text
« Potter! Potter ! Potter ! »
La voix éclata à travers la cheminée pour ce qui devait être la dixième fois.
Harry sursauta si brusquement qu’il faillit renverser tout son petit montage. Il arracha les écouteurs reliés à son walkman, les balança sur le bureau, et se tourna vers la cheminée où une tête apparaissait au milieu des flammes vertes, une main sur le coeur.
« Chef Higgins ? Vous m'avez fait une de ses peurs ! »
Le chef d’équipe le fixa, visiblement au bord de l’exaspération.
« Potter ! Ça fait dix minutes que je vous appelle. Vous étiez sourd ou mort ? »
« Pardon, je… j’avais mis de la musique, j’ai pas… enfin, je vous ai pas entendu. »
Pris d’un réflexe nerveux, Harry passa une main dans ses cheveux en bataille. Mauvaise idée.
Higgins le regarda faire, puis leva les yeux au ciel.
« Formidable. Maintenant vous avez votre sort de potion partout dans les cheveux. »
« Hein ? Quoi ? » Harry se tourna vers un miroir posé sur une étagère.
Une traînée grisâtre luisait sur le côté de sa tignasse. Il grimpa sur la pointe des pieds pour mieux voir les dégâts et grimaça avant de marmonner pour lui même:
« Super Potter, on dirait Rogue, et encore dans un de ses bons jours. »
« C’est quoi, ce truc ? » demanda Higgins, plissant les yeux.
« Encore une de vos mixtures moldues? Une potion?»
« Non, non, c’est pas… c’est pas une potion, c’est… c’est de la pâte thermique. »
Face au regard vide de son supérieur, Harry se racla la gorge.
« C’est… euh… une pâte qu’on met sur un processeur, un… un truc moldu, pour pas qu’il chauffe trop. C’est… enfin, c’est pour l’ordi. »
Higgins cligna lentement des yeux, ne comprenant visiblement pas un seul mot à ce que Harry disait.
« Non mais… laissez tomber chef. C’est pas important. »
Harry s’éclaircit la gorge, les doigts encore poisseux de pâte thermique, et se tourna à moitié vers la cheminée.
« Euh… Je peux faire quelque choser pour vous Monsieur ? »
Higgins, toujours à moitié enfumé dans les flammes vertes, grogna.
« Vous pourriez commencer par prendre une habitation normale, vous savez, comme tout sorcier respectable, au milieu du chemin de traverse ou dans une rue sorcière au moins. Ainsi je pourrais simplement transplaner devant votre porte au lieu de me contorsionner dans cette fichue cheminée comme une débutante à son premier bal. Ce genre de chose, c'est plus de mon âge. »
Harry tenta un sourire d’excuse.
« Oui… euh… désolé, c’est juste que certains sorts réagissent mal aux composants. Et dans mon dernier appartement, j'ai ... enfin, j’avais pas envie de faire exploser mon frigo. Encore. »
Mais Higgins leva déjà la main, l’air faussement résigné.
«Le frigo, c'est bien votre boite à froid, non? Les sorts de préservations, vous connaissez? Plus rapide, plus efficace. Enfin, bon, bon, peu importe. Je sais combien vous tenez à vos joujoux électroniques qui fondent si on éternue un Revelio trop fort à côté. Bref. »
Higgins soupira.
Harry avait l'impression qu'à chaque fois que Higgins devait lui parler il était partager entre horreur et consternation. Harry n'était pas certain de la manière dont il devait le prendre.
« On a besoin de vous au bureau. »
Harry se tourna à nouveau vers son bureau, où les composants d’un petit boîtier ouvert attendaient sagement qu’il finisse de les assembler.
« C’est juste que… c’est mon jour de congé, aujourd’hui. »
« Félicitations, vous venez d'apprendre quelque chose aujourd'hui. Les urgences ne respectent pas les plannings et les jours de congé. Vous avez cinq minutes pour ramener vos fesses au bureau. »
Higgins ne lui laissa pas le temps de protester.
« On a un souci dans un entrepôt de stockage à Bristol. Un réseau d’enregistrement moldu a été accidentellement croisé avec des sorts de sécurité. Résultat : des caméras qui lancent des sorts à tout-va. Et visiblement, elles visent bien. »
Harry s’était déjà figé. Il se retourna lentement, totalement détaché de son bricolage.
« Elles attaquent les gens ? »
« Ouais. Deux agents de maintenance moldue sont à Sainte-mangouste entrain de vomir des limaces. Et un inspecteur prétend avoir été attaqué par “des lasers invisibles” et il ajoute cocorico à la fin de chacune de ses phrases. Apparement, d'après notre équipe sur place, elles lancent aussi des expelliarmus. On a besoin de vous pour neutraliser le dispositif sans faire tout exploser, si possible. Fablar a tenté d'en désactiver une et il a fait péter tout un pan de mur. »
Harry attrapa sa baguette du bout des doigts, tout en cherchant ses robes dans son foutoirs.
« D’accord. Je… j’arrive tout de suite. Juste le temps de ... ha les voilà.»
Higgins hocha la tête, satisfait, un sourire attendrit aux lèvres qui disparu dès qu'Harry repose son regard vers lui.
« Et Potter ? »
Harry leva les yeux vers Higgins, attendant la suite.
« Pas d'expérimentation sur le terrain ! La dernière fois, on a failli devoir interroger un grille-pain. »
Harry claqua la porte derrière lui et balança un sac en toile sur la table basse. Le bruit métallique qui en sortit était normal, mais l'espèce de couinement animal qui avait suivit n’avait rien de rassurant.
Deux caméras ensorcelées roulèrent à moitié hors du sac, l’une d’elles clignotant faiblement, comme vexée.
Harry les regarda, légèrement inquiet, avant de pointer un doigt dans leur direction.
« On reste sage et on n’explose pas. Il est aussi interdit de brûler, geler ou toute autre mauvaise idée de ce genre, compris ? »
Son message transmis, il se dirigea vers son bureau et alluma une drôle de machine. L’écran vacilla un instant, mais finit par s’allumer. Une rune bleue apparut alors qu’un bip aigu résonna dans la pièce.
Harry s’installa sur sa chaise, les doigts pianotant distraitement sur le bois du bureau avant d’attraper un de ses carnets de notes pour commencer à écrire.
Près de deux heures plus tard, après avoir pris des pages de notes et mené quelques recherches sur son ordinateur, Harry se leva brusquement.
« Mais oui ! »
Il s’approcha des caméras et en sortit une du sac pour la déposer sur un autre bureau, de l’autre côté du salon.
Armé de sa baguette, il tapota doucement le côté de l’appareil.
« Ostende quomodo factus es. Allez, montre-moi comment t’as réussi à lancer un Expelliarmus sans baguette, toi… »
L’objectif vibra légèrement, puis commença à changer de couleur. Une série de chiffres et de runes clignotantes apparut à l’écran.
Celui qui avait enchanté ces caméras avait fait un superbe travail, et apparemment, il avait ajouter une sorte de sort de zoom sur les lentilles, pas étonnant qu'elles visaient si juste.
C’était exactement ça qu’Harry cherchait à faire, sa passion depuis plus de trois ans : comprendre comment fusionner totalement la magie et la technologie moldue. Pas juste les faire cohabiter, non. Ce que Harry voulait, c'était les fusionner.
Il avait commencé à y réfléchir quelque semaine après la fin de la guerre, après les funérailles. Après le silence du Terrier.
Au début, ça n’avait été qu’une manière d’éviter les regards et les silences.
Personne ne traînait dans le garage avec Arthur. C’était calme. Harry en avait fait son refuge.
Et puis, avec Arthur, l'endroit n'était jamais silencieux. Arthur avait toujours quelque chose à dire, à expliquer. Il racontait ce qu’il faisait. Il lui avait parlé de résistance, de piles, de fils de cuivre, comme s’il s’agissait de sortilèges oubliés.
Harry avait écouté, posé des questions, avait commencé à aider Arthur sur ses projets, avait commencé à aller dans le monde moldu de plus en plus pour chercher les composants dont Arthur pouvait avoir besoin.
Tout cela occupa l'esprit d'Harry et l'empêchait de penser. De penser à avant, de penser aux morts, de penser à la guerre, de penser aux cauchemars.
Et puis un jour, Harry avait commencé son propre projet.
Monsieur Weasley bricolait un grille-pain pour en faire… Merlin seul savait quoi, et Harry n’était même pas certain de vouloir le savoir.
Harry, de son côté, essayait de faire fonctionner un walkman.
Oui, un walkman.
L’idée lui était venue un peu bêtement. Un jour au soir, George avait dit que ce qui lui manquait le plus chez Fred, c’était le son de sa voix.
Harry avait répondu du tac au tac : « Vous n’avez pas une vidéo ou un enregistrement de lui ? »
Avant de se sentir complètement idiot.
Ça faisait sept ans qu’il vivait dans le monde magique, mais certains réflexes moldus revenaient sans prévenir.
George avait demandé ce que c’était, une vidéo.
Hermione avait expliqué.
Et George, les yeux brillants, avait murmuré qu’il aurait aimé avoir ce genre de souvenir de Fred.
Et c’est comme ça que Harry s’était retrouvé là, dans le garage, à tenter de faire fonctionner un walkman au Terrier.
Il n'était pas assez prétentieux pour penser pouvoir faire fonctionner une télévision ou une caméra, alors il avait commencé petit.
Les gramophones fonctionnaient très bien dans le monde sorcier, donc tout ce qui était purement mécanique ne posait pas de problème.
Ce qui coinçait, c’était deux choses : l’alimentation, et les circuits électroniques.
Harry s’était lancé à fond.
Quand les mains sont occupées, l'esprit l'est aussi.
Il lui fallut deux bonnes semaines pour trouver une solution pour remplacer les piles.
Et encore, l’idée ne lui était pas venue calmement, mais… douloureusement.
Une des piles avait fondu pendant un test, répandant l’acide sur sa main. Ça avait brûlé.
Et cette brûlure avait réveillé un souvenir très précis : la coupe de Poufsouffle, le casse de Gringotts.
Ce sort de duplication qui brûlait tout ce qu’on touchait.
C’était là, la clé.
Il avait encore mis une bonne semaine pour réussir à adapter le maléfice sur une pile sans qu’elle explose, et deux jours de plus pour stabiliser le sort sur la seconde.
Il avait remplacé l'effet du maléfice. A la place de brûler, il émettait de l'énergie, qui était transmise aux piles, qui la transmettait à leur tour au Walkman.
Mais il y était arrivé.
Quand il avait appuyé sur « play », le mécanisme s’était mis en route.
Pas longtemps, pas parfaitement. Mais il avait tourné.
Il ne restait plus à Harry qu’à comprendre comment gérer la bande magnétique.
Ce soir-là, quand Kingsley lui demanda s’il comptait finalement rejoindre les Aurors, Harry avait répondu oui.
Mais il avait ajouté qu’il avait une idée.
