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La Fleur des Fous

Summary:

Voilà quatre ans que Cassandra a quitté Corona, ça ne signifie pas qu'elle a oublié Raiponce ou qu'elle ne s'inquiète plus pour elle. Quand elle apprend que la princesse souffre d'un mal inexplicable, elle ne peut que revenir à ses côtés pour lui offrir son aide, peu importe ce dont Raiponce a besoin.

Chapter 1: Cassandra

Chapter Text

Après toute l’aventure -et les trahisons- liée à la Moonstone et à la Sundrop, partir avait été l’option évidente pour Cassandra. 

Elle s’estimait déjà chanceuse de ne pas avoir été pendue ou emprisonnée. Avant que Raiponce ne soit retrouvé, son père aurait été bien plus… définitif dans son jugement.

Elle aurait mérité bien pire pour bien moins. 

Aux yeux de la princesse, la décision de quitter Corona n’avait donc été que de son fait ce qui n’était pas tout à fait la stricte vérité. Le Roi Frederic lui avait fait comprendre, avec peu de subtilité, que Cassandra devait poursuivre sa vie hors de Corona. Pour le bien de tout le monde, et d’elle en priorité.

Cassandra n’avait pas cru bon de s'opposer face à ce bannissement officieux. Elle ressentait le besoin de partir, de s’éloigner du regard des gens, de leur mépris et de leur colère méritée, besoin de voir autre chose que les ruines de la ville ou les conséquences de ses mauvaises décisions à chaque pas et détour qu’elle pouvait faire dans la ville où elle avait grandi. 

Besoin aussi de s’éloigner de Raiponce qu’elle ne parvenait plus à regarder en face et de son père dont elle ne se pensait plus avoir le droit d’appeler "papa". 

Alors elle avait fait bonne figure et fait exactement ce que la Couronne attendait d’elle, elle avait quitté le pays.

.

ça avait été bien. Génial même. Elle avait mené sa propre vie selon ses propres règles, avait vu tant de choses merveilleuses, tant de pays différents, des cultures, des langues et des cuisines incroyables. Elle avait poursuivi ses efforts en combat et en pistage, pour devenir un combattant valable. Avec le temps, elle avait été plus réaliste sur ces capacités et ses faiblesses. Elle apprenait. Elle s’était même fait une petite renommée en tant que chasseuse de prime. Après tout, cela lui permettait de s’exercer sur le terrain, de faire quelque chose qu’elle aimait et de gagner de quoi poursuivre ses aventures.

 

C’était le soir qui était le plus compliqué.

Les soirées dans une auberge étaient toujours les plus douces, entre copieux repas, alcool et belle rencontre, Cassandra arrivait à en profiter pleinement, mais dès lors qu’elle se retrouvait seul, autour d’un feu de camps avec pour seul compagnie sa fidèle jument et Owl, les pensées de Cassandra revenaient inlassablement à Corona.

Enfin non, pas à Corona. À Raiponce.

Elle se demandait alors ce que devenait la princesse. Était-elle toujours aussi heureuse et optimiste? Aussi dévouée à Corona? Désirait-elle toujours l’aventure? En vivait-elle encore? S’était-elle faite de nouveaux amis? Avait-elle remplacé Cassandra? Pensait-elle parfois à elle? Avait-elle épousé Eugène? Des enfants peut-être?

Certaines de ses interrogations étaient un véritable coup au cœur, mais cela allait faire bientôt quatre années qu’elle avait quitté Corona. 

Elle n’avait jamais envoyé la moindre nouvelle. Le père de Raiponce n’avait jamais clairement stipulé qu’elle ne pouvait pas, mais Cassandra avait eu l’impression qu’elle n’en avait pas le droit. Et puis, elle bougeait trop souvent et sans objectif concret en tête pour espérer un retour de la part de qui que ce soit. Elle ignorait même si Raiponce voudrait même de ses nouvelles. Pour tout ce qu’elle en savait, la Princesse avait tourné la page. Après tout, elles avaient été amies durant 2 ans environ, ennemies pendant plusieurs mois -Cassandra s’était toujours refusée à en faire le décompte exact- et sans nouvelle l’une de l’autre depuis 4 ans. Dans les chiffres, elle ne représentait pas grand chose dans la vie occupée de la princesse. 

Pourtant, les dieux seuls savaient, combien de fois elle avait observé Owl avec l’idée de l’envoyer vers Raiponce avec un court message. Une simple salutation ou quelque chose du même genre. Mais ses pérégrinations l’avaient mené bien loin de Corona et le pauvre Owl ne l’aurait jamais retrouvé.

L’idée de rester sur place le temps d’une réponse ne lui avait que brièvement effleuré l’esprit. Elle ne voulait pas y songer. Parce que si Raiponce ne répondait pas? Combien de temps était-elle censée attendre? Et si Owl ne revenait pas? 

Non, non, ce serait pire.

Cassandra, elle, ne parvenait définitivement pas à “passer à autre chose”.

.

Elle ignorait quelle consigne exacte avait pu être réellement donnée au sein de Corona à son sujet. Le bannissement étant officieux pour que Raiponce ne l’apprenne pas, Frederic ne voulait certainement pas que sa fille soit une nouvelle fois furieuse envers lui, il était possible qu’aucune consigne n'ait réellement été donnée. Eugène était capitaine de la garde -un fait qui continuait toujours à piquer plus qu’elle ne voulait bien l’admettre-, il était peu probable qu’il soit lui-même prêt à mentir à Raiponce. Ce qui était une bonne chose pour sa loyauté envers l’héritière, moins pour le Roi s’il souhaitait agir dans le dos de sa fille. 

C’était sur cette idée que Cassandra estimait que s’arrêter pour une nuit à un village en frontière de Corona n’avait rien de dramatique. 

Elle avait exploré le Sud-Ouest de long en large et considérait avoir vu tout ce qu’elle pouvait trouver d’intéressant. Elle visait à présent les terres de l’Est dont elle avait entendu d’intéressantes histoires. Il y avait d’autres chemins que celui qu’elle avait emprunté mais une partie d’elle désirait entrevoir des paysages semblables à ceux de sa jeunesse et entendre quelques histoires de secondes mains sur la capitale. Sur Raiponce. 

Peut-être enverrait-elle même une lettre si le courage la trouvait ce soir-là.

.

Le village était trop petit pour qu’elle ait à choisir une auberge. Il n’y en avait qu’une qui faisait avant tout office de taverne et pouvait à l’occasion accueillir des commerçants et voyageurs de passage pour la nuit. 

Avec seulement deux chambres de disponible, Cassandra se retrouva face à un tavernier qui lui annonça qu’il n’avait rien pour la loger ce soir-là. Elle pouvait dormir à l’abri à l’étable si elle le désirait, il ne lui compterait rien pour cela. Déçue de n’avoir aucun lit digne de ce nom pour la nuit, elle marchanda au moins l’utilisation de la salle d’eau commune dévolus aux locataires. Elle savoura le plaisir d’un bain chaud et de se sentir enfin propre avant de s’en aller prendre un dîner chaud: un ragoût typique de Corona et plutôt bien cuisiner que Cassandra dévora à pleine dents avec des tranches de pain et une pinte de leur meilleure bière. 

Malgré son empressement à dévorer son repas, elle garda une oreille tendue sur les différents potins du village, déçue de ne rien entendre d’intéressant. ça parlait de la dernière récolte, des courbatures de l’un, des maux de dos de l’autre, des outils brisés, des bêtes malades et tout ce qui s’entendait habituellement dans les petits villages agricoles, ça signifiait tout un tas de potins sur des noms inconnus qui n’intéressait guère Cassandra.

Le repas bien avancé, elle s’enfonça dans le vieux fauteuil de bois, les doigts tapotant rythmiquement sur la table alors qu’elle envisageait si elle devait interroger ou non les autres clients.

La décision lui fut offerte sur un plateau quand la serveuse vint s’enquérir de ses besoins: une nouvelle pinte? Une seconde assiette? 

Elle avait vu à quelle vitesse la première avait été engloutie.

Cassandra lui sourit et la jeune femme rougit. ça arrivait parfois qu’elle obtienne cette réaction, elle passait souvent une bonne soirée après cela. Elle allait peut-être même pouvoir dormir dans un vrai lit.

Elle recommanda une bière.

“Vous n’êtes pas du coin, hein? demanda la charmante demoiselle.”

Cassandra se retint d’une remarque sarcastique. De un, vu la taille du village, tout le monde se connaissait. De deux, qu’aurait-elle eu besoin de vouloir louer une chambre si elle était du coin?

Mais c’était une phrase d’accroche, se rappela-t-elle. Un signe d’intérêt.

“Du coin, non. Mais j’ai vécu plusieurs années à Corona, admit-elle.

-Vraiment? s’étonna-t-elle. Je n’aurai jamais pu l’imaginer.”

Cassandra haussa un sourcil à l’incrédulité dans sa voix et la jeune serveuse parut gênée à l’idée de l’avoir offensé.

“Je veux dire, vous avez le teint…”

Elle oscilla la main sans savoir comment conclure.

“Oh… j’ai passé les dernières années dans le sud. Le soleil tape fort.”

Elle était bien bronzée, plus encore que les agriculteurs de Corona qui profitaient d’un temps par ailleurs encore agréable en ce début d’automne.

Elle se gratta le nez, plutôt amusée qu’on la prenne pour une étrangère entre ses vêtements d’aventure et son bronzage. 

“Des nouvelles intéressantes de Corona? s’enquit-elle.

-Depuis combien de temps avez-vous quitté la région?

-Je suis au courant de toute cette histoire de magie et de presque destruction de la capitale.”

Si la jeune femme l’avait pris pour une étrangère, il était peu probable qu’elle réalise à présent qu’elle était celle qui avait manié la Moonstone 

“Oh, je n’ai jamais eu l’occasion de voir la capitale, mais de ce que j’ai entendu, elle ne garde aucune trace à la suite de cette histoire.”

La jolie serveuse haussa les épaules en ajoutant: 

“Non pas que ça nous touche, on a jamais vu aucun de ces piques noirs par ici.

-Tant mieux, n’est-ce pas?”

Cassandra regrettait d’avoir entamé le sujet. ça lui rappelait d’assez mauvais souvenirs qu’elle n’était clairement pas prête à affronter. 

Mais le village se trouvait en effet à l’écart de toute zone de combat ou sur le trajet pour le Royaume des Ténèbres. Finalement, avec le recul, il y avait eu peu d’endroit touché par la Moonstone dans le grand schéma des choses. Cassandra avait parcouru le sud durant 4 années sans croiser grand monde qui eut connaissance de cette histoire. 

La serveuse haussa de nouveau les épaules, sans visiblement avoir d’avis sur le phénomène en question.

“Et donc, relança Cassandra en buvant une gorgée de bière. Aucune nouvelle significative de Corona depuis?”

Elle savait que le temps lui était compté. La taverne se remplissait et elle ne garderait pas longtemps encore l’attention de la serveuse.

“Et bien… hésita-t-elle en se tapotant le menton. Pas grand chose. Quoique j’ai entendu dire que la princesse était toujours malade.

-Malade? se récria Cassandra. Raiponce… la princesse est malade?

-Oui, j’ai entendu dire qu’elle est devenue totalement…”

Elle porta un doigt contre sa tempe qu’elle tourna en cercle.

“Bargeote. 

-Comment ça?

-Elle aurait perdu les pédales. S’attaque aux gens qu’il paraît. Elle serait enfermée dans sa tour.”

Cassandra eut la sensation que ces oreilles bourdonnaient alors qu’elle se levait presque tremblante d’inquiétude de sa chaise.

“Depuis quand?

-Co-comment? demanda la serveuse surprise par sa réaction.

-Depuis quand est-elle malade?”

Elle était déjà en train de rattacher sa cape, abandonnant une pièce pour sa seconde bière qu’elle ne se souciait pas de terminer, son repas ayant été payé avant d’être servi.

“Euh… je ne sais pas? Début de l’année? J’ai entendu ça, il y a quelques mois déjà.”

Cassandra s’échappa sans bien savoir si elle avait remercié la serveuse.

Fidella n’avait eu que quelques heures de repos, mais elle ne rechigna pas à reprendre la route. Elle semblait savoir qu’elle se dirigeait vers Corona et galopait à longues foulées souples. 

Owl planait loin au-dessus d’elles, agacé quant à lui d’avoir été réveillé. 

Elle se souvenait bien des cartes et estimait qu’elle arriverait durant la nuit suivante en comptant les pauses nécessaires pour Fidella. Après tout, elle connaissait suffisamment bien sa fidèle jument pour jauger des efforts qu’elle pourrait fournir ou non.

Au diable la possibilité qu’on la reconnaisse! 

Il ne lui venait même pas à l’idée d’agir autrement. 

Si Raiponce allait mal, Cassandra ferait tout ce qu’il fallait pour l’aider.