Chapter Text
Rose
Je ferme mon cahier, estimant cette fois-ci en avoir fini avec mes élucubrations journalières. Toujours aucune trace de ce qu'il devait arriver. De ce que j'espérais voir arriver, pour être plus exacte. Un signe qui me ferait prendre conscience d'une erreur que je n'avais jusqu'ici pas prise au sérieux. J'ai voulu jouer et j'ai perdu, je n'aurais pas du être aussi sûre de moi. Mais je ne penserais pas que cela se passerait ainsi.
J'avais tout pour lire du Freud et me professionnaliser dans tout ce qui tournait autour de la psychanalyse et du subconscient. Mais je n'ai rien lu. Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai puisque j'ai tout de même lu ces écrits, mais à travers quelques articles que je trouvais sur internet. Dans mon intérêt, juste pour ne pas avoir à me promener en permanence avec des livres de Freud sous le bras, de peur que mes intentions ne soient un peu trop transparentes. Je voulais agir avec discrétion, ce qui était presque gagné vu l'addiction très prononcée des adolescents pour leur téléphone portable. En me contentant de quelques articles en ligne, j'avais juste à allumer mon portable pour m'abreuver de tous les savoirs possibles et imaginables, même si pour sa part cela agaçait beaucoup ma mère qui avait prit la peine ironique de m'offrir tous les manuels. De par ma soudaine addiction pour le portable, elle s'est plaint de tous les livres prenant la poussière sur mes étagères. Mais après tout, vu toute l'ironie qu'elle met à aimer les mêmes choses que moi je suppose avoir le droit de lui rendre un peu la monnaie de sa pièce. Rien de bien méchant, nous sommes simplement toute deux en guerre froide. Je crois, d'ailleurs, ne pas être la seule dans ce cas parmi mon groupe d'amis.
En éteignant la lumière, je jette un rapide coup d’œil au réveil. C'est bientôt la rentrée et, comme si ça ne suffisait pas, il est déjà une heure du matin bien passée. Peut-être qu'à cette heure-ci mes autres amis émergent enfin de leur sommeil profond. Je tourne un regard méfiant vers ma porte, plus que sûre qu'en prenant la peine de plisser les yeux je pourrais distinguer la lumière qui inonde encore le salon. Quoi de plus normal lorsque l'on a une mère qui veut donner l'impression qu'elle est parfaite, s'investissant dans les tâches ménagères même lorsqu'elle devrait dormir ? Je crois que je n'arriverais jamais à la comprendre, voilà pourquoi cela ne m'attriste pas vraiment de la laisser pour partir en internat le reste de l'année.
Je me glisse jusqu'à l'ordinateur relégué dans un coin de ma chambre. J'en ai pris l'habitude depuis un certain moment, maintenant que j'ai réussi à trouver des amis. En vivant au milieu d'une forêt, c'est tout de même assez difficile de rencontrer des gens et de se tenir informé sur le monde même si internet aide tout de même beaucoup à la tâche. Mais attention avec ça, ce n'est pas parce que nous vivons loin des autres maisons que je ne connais rien à la technologie ou autre. J'use souvent de mon ordinateur et je me rends tout de même en cours. Soit, je dois faire des douzaines de kilomètres en bus. Soit, je suis souvent interne la semaine, ce qui ne contribue pas à renforcer les liens que j'entretiens avec ma mère. Soit, je suis quelqu'un d'étrange. Mais est-ce une raison de me rabaisser constamment comme adore le faire tunrtechGodhead ? Je ne pense pas. Pourtant, dès que je me connecte enfin, c'est lui qui me saute directement dessus.
turntechGodhead [TG] à commencé à pester tentacleTherapist [TT]
TG : rose
TG : je sais ce que tu caches a tout le monde
TT : Je t'écoute.
TG : bon ok je sais pas si jai le droit de te dire que je sais
TG : ou encore te proposer des trucs par rapport a ce que je sais
TT : Vas-tu encore disserter sur le fait que je sois sous-évoluée pour vivre dans la "jungle" ?
TT : C'est lassant, il serait temps que tu changes de disque.
TG : japplaudis tellement cest ironique mais ce nest pas de ca dont je voulais te parler
TT : ?
TG : tes amoureuse de john pas vrai ?
TT : Comment pourrais-je aimer quelqu'un dont je n'ai jamais vu le visage ?
TG : javais raison tu nas pas nie
TT : Pourquoi cet intérêt soudain pour mon ressenti personnel ?
TG : je me suis dis quen temps que frere je me devais daider ma soeur dans ses conquetes
TT : Frère ? Sœur ? Dave, on ne s'est jamais vus, comment je pourrais être ta soeur ?
TG : merde
TG : ta mere ta pas dit ? je croyais que vous vous disiez tout
TT : Si c'est une mauvaise blague, elle n'est pas du tout marrante.
TG : va voir ta mere et demande lui tu verras
TT : Dois-je te rappeler que nous n'avons pas les mêmes horaires ici et chez toi ? A moins que ça ne fasse partie de ta vaste plaisanterie mesquine.
TG : ok jarrete de te faire marcher mais cest ironique de te voir depassee par un truc
TG : ca arrive tellement peu souvent que cest ironique
TG : mais ma question cetait si tu voulais que je taide a te caser avec john
TT : Quelle drôle de façon de demander à être l'entremetteur de quelqu'un.
TT : D'autant plus que je ne comprend pas pourquoi tu t'acharnes à vouloir me mettre avec John.
TG : il te plait pas ?
TT : Décidément, jouer les entremetteurs ne te va pas du tout.
tentacleTherapist [TT] a cessé de pester turntechGodhead [TG]
Prétendre que l'on est frère et soeur pour me soutirer des informations... Ce garçon me sort vraiment par les yeux. Pendant cinq minutes, j'ai cru qu'il allait me dire qu'il savait que je n'avais lu aucun bouquin de psychanalyse mais à la place il me sort que je suis amoureuse de John. A côté de ça, même la pseudo-révélation que l'on soit frères et sœurs aurait fait grand bruit. Mais, est-ce que j'ai vraiment envie que cette personne ironique et qui se prétend cool avec ses lunettes de soleil qu'il porte même en plein jour soit mon frère ? Il était de toute façon trop névrosé pour faire croire à quoi que ce soit, même s'il a réussi à me faire quitter le calme apparent que je maintiens en permanence quand je discute sur le net. Ah, il faut croire qu'il n'est pas le seul à vouloir me contacter. J'ouvre une autre discussion qui me semble déjà bien plus amusante.
gardenGnostic [GG] a commencé à pester tentacleTherapist [TT]
GG : :)
GG : hey :D
GG : tu ne devineras jamais ce qu'il vient de m'arriver !
TT : Bonjour, tu sembles de bonne humeur aujourd'hui.
GG : je ne te le fais pas dire :D
GG : je me suis inscrite dans le même lycée que toi, et john aussi !
TT : Je t'avais dis dans quel établissement j'allais étudier ?
GG : :(
GG : non . . . . .
GG : mais figure toi qu'en m'inscrivant j'ai appuyé sur une touche bizarre et ça m'a affiché la liste complète des élèves admis !
TT : Oh, je vois.
GG : du coup j'ai cherché ton nom dans la liste, je ne sais pas pourquoi . . . . .
GG : oh ! j'ai trouvé celui de dave aussi mais comme c'est un prénom super répandu et que je ne connais pas son nom de famille je ne savais pas si c'était vraiment lui !
TT : Il ne te l'a jamais dit, alors que vous vous êtes promis de faire un "high-five ironiquement sérieux" ?
GG : eh bien . . . . .
GG : non :(
TT : C'est Strider. Et le mien c'est Lalonde, mais je suppose que tu le connaissais.
GG : bien sûr, on n'oublie pas le nom d'une amie ;D
TT : C'est gentil de ta part. Je ne comprend pas comment une fille comme toi peut s'intéresser à lui.
TT : Pour moi cela relève du pur mystère.
GG : huum . . . . .
GG : l'amour est étrange, tu devrais être plus au point que moi avec ta psychanalyse :D
TT : Juste la partie théorique. En pratique je ne sais pas grand-chose.
GG : désolée, là dessus je ne peux pas vraiment t'aider. . . . .
GG : c'est compliqué, je ne sais même pas si c'est possible de l'expliquer !
GG : oh mince. . . . .
TT : Qu'y a-t-il ?
GG : héhéhéhéhéhéhé. . . . .
GG : je suis désolée, je vais devoir te laisser :(
TT : Ce n'est pas grave j'espère ?
GG : non non, ce n'est pas grand chose mais je dois absolument le faire !
GG : la prochaine fois, on se voit en vrai :D
gardenGnostic [GG] a cessé de pester tentacleTherapist [TT]
Après ça, j'ai entendu des pas dans l'escalier. Ma mère était en train de monter les marches, ce qui n'est normalement pas dans ses habitudes lorsqu'elle sait que je suis couchée. Alors, j'ai mis l'ordinateur en veille et je suis retournée me glisser sous les draps aussi vite que j'ai pu. Heureusement pour moi que je peux l'entendre alors qu'elle commence son ascension, comme ça ça me laisse le temps de ne pas trop me précipiter. Elle ne passera pas la porte, j'en suis persuadée. Il faut croire que la probabilité n'a jamais été mon truc, elle vient de frapper doucement contre le bois de ma porte. Je ne réponds pas. Elle prendrait ma réponse, quelle qu'elle soit, pour une invitation à entrer. Devant mon manque évident de réaction, je l'entends tourner les talons. Je commence déjà à retirer ma couverture quand je sens que les pas s'arrêtent. Elle retourne devant ma porte, comme si quelque chose la préoccupait mais qu'elle était partagée entre me le dire et partir. Ça ne lui arrive pas souvent, ça mérite que je prête grande attention à tout ce qu'il risque de se passer si elle entre. Elle toque une nouvelle fois à ma porte, avec plus de réserve cette fois, comme si elle préférait que je ne réponde pas. Elle ne doit pas avoir grand espoir que je le fasse, puisque la première fois je ne lui ai pas répondu. Pourtant, dans un désir soudain de lui renvoyer toute son existence ironique à la figure, je ne peux m'empêcher de me lever. Au passage j'ébouriffe un peu plus mes cheveux pour faire illusion, pour la faire culpabiliser ironiquement une fois de plus, et je vais ouvrir la porte. J'exagère en faisant de petits yeux que je frotte avec douceur.
Elle se mord la lèvre, ça c'est très mauvais signe. Est-ce que par hasard elle souhaiterait me révéler un secret de famille trop longtemps gardé ? Je sens quelque chose se frotter contre ma jambe et c'est avec toute la perplexité dont est capable mon cerveau "endormi" que je baisse le regard vers cette soudaine source de chaleur. C'est Jaspers. Comme d'habitude, il attendait devant ma porte que je me lève. Bon chat, meilleur ami. Je sais aussi qu'il n'a pas conscience de l'heure qu'il est, sinon il ne serait pas venu ronronner contre ma jambe. Mais je ne peux pourtant pas m'empêcher de me baisser pour caresser sa petite tête poilue. Comme dirait Jade, "c'est trop mignon !" Elle trouve toujours tout trop mignon, je donnerais n'importe quoi pour savoir comment elle fait. Rien que les chiens, je n'aime pas beaucoup ça.
Un raclement de gorge me ramène à la situation présente : ma mère s'est enfin décidée à parler. Je relève la tête, la fixant sans vraiment trop d'intérêt. Elle doit encore avoir trop bu, à tous les coups son explication manquera cruellement de cohérence.
« Ma fille… Je veux que tu saches que je t'aime plus que tout au monde. »
Je roule des yeux, réalisant qu'elle va sûrement me ressortir le discours habituel. C'est normal d'aimer sa fille, je suis en quelque sorte la chair de sa chair. Ses grands orbes rosés se teintent soudain de sombre, comme si, d'un seul coup, elle reprenait un sérieux qu'elle n'a jamais eu avec moi. Je commence doucement à avoir peur. Qu'est-ce qu'elle va me sortir cette fois ?
« Ce que je vais te dire vas sûrement te paraître stupide et assez peu cohérent étant donné la situation, mais dis-toi que pour avoir le courage de te l'avouer j'ai du boire… Beaucoup boire… »
Plus que d'habitude tu veux dire ? Me retins-je à grand peine de dire sans pour autant m'empêcher de le murmurer tout doucement, alors que je baisse la tête vers Jaspers pour lui offrir une nouvelle caresse. Pour autant je ne dis rien d'autre, décidée à écouter ma mère parler jusqu'au bout. Je n'ai pas très envie de m'interposer avec le destin, s'il doit en être ainsi je préfère acquiescer calmement que de perdre graduellement mon calme pour des broutilles. C'est vrai quoi, pourquoi se prendre la tête alors qu'on peut tout accepter avec sérénité quand on en a l'occasion ?
« Tu ne m'aides pas beaucoup avec ton silence. Je… J'aimerais au moins que tu me regardes quand je te parle, je pense que ça aiderait.
- Ça ne ferait, au contraire, qu'empirer les choses. On stresse plus devant un regard inquisiteur que devant quelque chose qui ressemble à du désintérêt pur et simple.
- Es-tu en train de dire que ça ne t'intéresse pas ? Demande-t-elle avec une certaine pointe de soulagement qui a le don de doucement m'agacer.
- Je n'ai jamais dis ça mais si ça peut te permettre de te détendre, dis-toi que ça ne m'intéresse pas.
- Oh... Euh, d'accord alors. Je t'aime tu sais ?
- Oui oui, je sais. Tu n'arrêtes pas de me le répéter.
- D'ordinaire on a pas trop le temps de parler toute les deux, tu n'es pas souvent là alors... Je peux entrer ?
- Si tu ne vomis pas sur mon tapis, ça me convient. »
Surprise par la soudaine tournure des événements -même si pour tout dire je m'y attendais un peu vu son pas chancelant- je l'invite à entrer avec une certaine réserve. Ce n'est pas souvent qu'elle prend la peine de s'asseoir à côté de moi sur mon lit pour me parler. C'est étrange, ça doit vraiment être quelque chose de spécial à ses yeux. Je m'attendrais presque à ce qu'elle me prenne dans ses bras en me gratifiant de son plus beau sourire alcoolisé tout en m'annonçant que j'ai un frère et qu'il s'appelle Dave. Bon sang, si c'est ça je crois bien que je ne la pardonnerais jamais de ne pas me l'avoir dit plus tôt. Elle me regarde en silence alors que je me décale et qu'elle va s'installer sur mon lit. Elle semble de plus en plus mal à l'aise, ce que je ne peux m'empêcher de prendre pour un signe de mauvaise augure. Ce qui est sûr, c'est qu'elle ne va pas m'annoncer quelque chose d'agréable à entendre. Je me rends compte au moment où je reprends ma respiration que j'avais cessé de respirer. Génial, comme si j'avais besoin de ça quelques poignées d'heures avant de la quitter. Déjà qu'on ne s'entend pas très bien, j'ai l'impression que l'atmosphère est de plus en plus tendue. Bon sang, faites qu'elle abrège vite mes souffrances ! Tant pis si ce n'est pas très clair, mais au moins que j'ai une idée du sujet qu'elle est venue aborder avec moi !
« Il me semblait important que tu le saches avant de partir, même si ça va peut-être t'empêcher de dormir et que tu vas sûrement penser que je t'envoie te faire tuer. Mais ce n'est pas ça, je suis persuadée qu'en temps que fille raisonnable et un minimum responsable de tes actions, tu sauras comment agir en temps de crise.
- Mais de quoi tu parles ?
- Tu vas partager ta chambre avec un troll. »
Je m'attendais à tout, mais à ça... Elle veut que je me fasse manger pendant la nuit ou comment ça se passe ? Elle sait pertinemment qu'il y a encore peu de temps, ces créatures a la peau grise étaient notre pire cauchemar. Elle le sait mieux que moi pour l'avoir vécu et s'être enfuie à temps pour ne pas avoir fini ses jours dans l'estomac rondouillard d'un troll. Et maintenant, elle voudrait que sa fille partage sa chambre avec une créature aussi dangereuse, qui risquerait bien d'en faire son quatre heures ? Elle a trop bu. Beaucoup trop bu. J'allais me mettre à lui crier dessus qu'elle voulait ma mort quand je remarque que sa bouteille lui est tombée des mains et qu'elle est en train de vider toutes les larmes de son corps sur mon édredon. Je l'observe sans savoir comment réagir. Je ne suis pas vraiment quelqu'un de tactile et ma mère me montre très peu souvent ses émotions, même lorsqu'elle a trop bu. C'est donc hésitante que je m'avance vers elle, m'apprêtant à parler, lorsqu'elle m'attrape et me serre très fort contre elle. Je me laisse faire, son contact chaud plus qu'inhabituel calmant un peu l'enfer qui règne dans mon crâne à cet instant.
« Les surveillants m'ont certifié que tu ne risquais rien, puisqu'ils sont plusieurs à faire des rondes le soir pour vérifier que tout va bien. Tu aurais du voir leurs surveillants, ils ne sont même pas humains et je doute qu'ils soient comestibles pour quiconque. Ce sont de vraies armoires à glace au regard de tueur. J'espère... J'espère juste qu'ils feront leur boulot... Promets-moi d'être prudente ! En cas de problème, tu as toujours la possibilité de m'appeler.
- Je te le jure, maman. Je le jure. »
Dave
La musique m'emplit les oreilles alors que j'improvise un petit rap mental. Mes platines ne valent pas celles de mon bro mais on peut tout de même en tirer quelque chose de potable. Ironiquement potable même. J'allais mixer un autre bon son pour rapper correctement quand je remarque que je ne suis plus seul. Il y a un connard qui s'est infiltré dans ma chambre, et ce connard porte le nom de Lil Cal. Je dois me démerder pour le virer. Chaque fois qu'il est là, j'ai l'impression que quelqu'un m'observe et je sais que c'est vrai. Mon frangin est souvent dans le coin quand Lil Cal se déplace. Quand j'étais gosse, ça me faisait grave flipper de voir le pantin se déplacer tout seul. Parfois, j'avais même l'impression qu'il voulait me parler et c'était genre... deux à trois fois plus flippant. Je fais semblant de tomber de ma chaise, de la façon la plus cool dont je suis capable. Je sais que, de cette façon, Lil Cal ne se posera pas de questions. Il sera bien trop occupé à rire de moi, ce qui lui donne un air encore plus flippant qu'en temps normal. Je n'ai jamais aimé cette poupée, mais je sais que mon bro y tient plus qu'à sa propre vie. Donc, j'ai pas intérêt à l'abîmer. Je vais juste lui foutre un coup de pied pour qu'il aille dehors et après je retournerais de façon cool et ironique jusqu'à mon ordinateur pour perfectionner ce morceau de rap qui n'attend que moi.
Une drôle de musique m'interrompt alors que je me dirige en rampant jusqu'au pantin. Merde... J'aurais vraiment du mettre cette merde en silencieux, parce que PESTCHUM c'est bien marrant mais c'est loin d'être discret quand quelqu'un peste. Si je choppe l'abruti qui a eu la merveilleuse idée de me pester maintenant, il va passer un sale quart d'heure. A cause de l'abruti je suis repéré et Cal vient de se déplacer à la vitesse furtive d'une ombre. Je me relève et je sens qu'on me balance un truc à la figure. Comme je suis en train de me relever, je n'ai pas le réflexe de me protéger le visage. Je me reçois un pelvis de poupée dans les dents.
Bordel.
De.
Putain.
De.
Merde.
Et c'est sans la moindre de classe que je m'effondre sur le sol. L'alarme de PESTCHUM s'affole, comme si j'avais besoin d'un chum impatient maintenant. Il faut que je choppe Cal et le foute dehors le plus vite possible, même si ça a tout de même l'air d'être une tâche difficile à accomplir. Du moins, pas comme ça... C'est quelque chose de tout à fait réalisable pour un coolkid comme moi. Je me relève en me recoiffant, vérifiant que mes lunettes de soleil sont bien placées sur mon nez, et je fixe Cal avec un air de défi. Je déteste cet air imperturbable qu'il a en permanence sur la figure, on dirait que ça lui plait de se foutre de ma gueule. Tu vas voir Cal, si je te choppe tu ne remettras plus jamais les pieds ici ! Sans prévenir, j'exécute un saut-périlleux de mon invention -que j'ai appelé "The Dave"- et tend les mains pour attraper la marionnette. Celle-ci semble se réveiller au moment où je vais la toucher. Trop tard Cal, tu viens de gagner un allé simple pour le couloir. Mais je suppose que tu t'en fous, tu penses pouvoir squatter ma chambre quand ça te chante pas vrai ? Je vais briser toutes tes illusions, une à une, sans aucune hésitation. Mais, au moment où j'ouvre la porte, je me retrouve face à mon bro. Je ne m'y attendais pas du tout. Il observe sa poupée chérie que je tiens dans les mains. Je lui tends. Il l'attrape avant de faire demi-tour.
Enfin tranquille !
Je me rends compte que j'ai parlé trop vite quand PESTCHUM fait encore des siennes. Putain, mais c'est qui ce con qui s'amuse à me faire chier comme ça ? Je m'installe à l'ordinateur, respirant aussi calmement que possible. Puis, je me souviens de ce putain de pelvis de poupée. C'est pas possible, il vient me faire chier jusque dans ma chambre ! C'est bizarre en y pensant, ça ne lui ai jamais arrivé. Ironiquement bizarre même. Je verrais plus tard, pour l'instant on va répondre à ce harceleur de... Oh, shit. C'est John ! Ça fait tellement longtemps qu'on a pas parlé tous les deux.
ectoBiologist [EB] a commencé à pester turntechGodhead [TG]
EB : dave !!!
EB : tu as vu le dernier film avec nick cage ?
EB : il a tellement de classe malgré le fait qu'il a tout de même prit un sacré coup de vieux.
EB : héhéhéhéhéhéhéhéhé...
EB : hé ?
EB : dave ?
EB : buh...
EB : si tu n'es pas là, je suppose que tu ne m'en voudras pas trop si je te spamme ? :B
EB : il n'était pas aussi bon que dans Con Air tout de même, rien ne bat ce film mythique !
EB : je défie quelqu'un de faire un film avec plus d'émotions que dans Con Air.
EB : sans rire, la scène où il retrouve sa femme et sa fille est tellement touchante...
TG : john stop
EB : ?
EB : oh, dave !!! bon retour parmi nous vieux ! :B
TG : *sopir*
TG : mec tas de la chance de tappeler john et que ca fasse longtemps quon sest pas parle
EB : je suis... flatté ?
TG : cest pas nimporte qui qui te fait une faveur la donc oui tas raison de te sentir flatte
TG : le grand Strider veille au gain bro
EB : c'est un brin prétentieux, mais je veux bien te croire !
TG : jai pas vu le dernier nick cage
TG : il parle de quoi
EB : sacrilège ! :o
TG : attend mec
TG : sacrilege tes serieux
TG : rose ta contamine avec ses expressions a la con
EB : hé ! je l'aime bien moi, cette expression... :(
TG : ouais tu laimes bien tout court aussi non
EB : c'est ce que je viens de dire, j'aime bien cette expression ! :B
TG : quoi
TG : ah non mec je parle de rose la
EB : rose ?
TG : ouais tu sais la fille bizarre un peu sorciere sur les bords qui nous sert damie
EB : bien sûr que je l'aime bien, comme vous tous !
TG : je crois que ta pas compris
TG : a moins que tu ne fasse expres du coup rose sest prit un vent sans rien demander a personne
TG : je suis trop fort pour faire foirer les couples meme pas encore formes
EB : couple ? ah merde...
TG : quoi
EB : c'est que... je n'ai jamais pensé à elle comme ça donc heuu...
EB : qu'est-ce que je dois lui dire ? :o
TG : laisse moi gerer ca mec
TG : elle va te tomber dans les bras avant que tu aies eu le temps de dire ouf
EB : ...quoi ?
turntechGodhead [TG] a cessé de pester ectoBiologist [EB]
EB : attend ! ce n'est pas du tout ce que j'ai voulu dire !!!
EB : je ne sais pas pourquoi, mais je sens que les problèmes vont arriver vite...
Ne reste plus qu'à savoir si Rose est encore debout, parce que chez elle je suppose qu'il fait bien nuit déjà. Comment je pourrais Comment je pourrais lancer le sujet ? Cette fille est toujours à prendre avec des pincettes, je ne sais jamais comment vraiment l'aborder. Je sais juste qu'elle va a chaque fois essayer de lire en moi comme on lirait un livre. Chacune de mes expressions est sujette à ses analyses minutieuses. Sa dernière conclusion était que j'allais finir gay. Pour l'instant, c'est bien loin d'être le cas. Une grosse paire de seins me passionne bien plus que n'importe quel objet de forme phallique. Quoique... Bref, on s'égare du sujet principal là. Alors, Rose... Comment lui faire cracher le morceau sur son béguin pour John ? Au début ce n'était pas très évident à deviner, mais plus on avance dans le temps plus c'est visible. Ah, je sais ! On ne va pas s'embarrasser des paramètres pour lui faire avouer. C'est bien plus simple de commencer en disant qu'on sait. Elle sera peut-être moins réticente à parler comme ça.
turntechGodhead [TG] à commencé à pester tentacleTherapist [TT]
TG : rose
TG : je sais ce que tu caches a tout le monde
TT : Je t'écoute.
TG : bon ok je sais pas si jai le droit de te dire que je sais
TG : ou encore te proposer des trucs par rapport a ce que je sais
TT : Vas-tu encore disserter sur le fait que je sois sous-évoluée pour vivre dans la "jungle" ?
TT : C'est lassant, il serait temps que tu changes de disque.
TG : japplaudis tellement cest ironique mais ce nest pas de ca dont je voulais te parler
TT : ?
TG : tes amoureuse de john pas vrai ?
TT : Comment pourrais-je aimer quelqu'un dont je n'ai jamais vu le visage ?
TG : javais raison tu nas pas nie
TT : Pourquoi cet intérêt soudain pour mon ressenti personnel ?
TG : je me suis dis quen temps que frere je me devais daider ma soeur dans ses conquetes
TT : Frère ? Sœur ? Dave, on ne s'est jamais vus, comment je pourrais être ta soeur ?
TG : merde
TG : ta mere ta pas dit ? je croyais que vous vous disiez tout
TT : Si c'est une mauvaise blague, elle n'est pas du tout marrante.
TG : va voir ta mere et demande lui tu verras
TT : Dois-je te rappeler que nous n'avons pas les mêmes horaires ici et chez toi ? A moins que ça ne fasse partie de ta vaste plaisanterie mesquine.
TG : ok jarrete de te faire marcher mais cest ironique de te voir depassee par un truc
TG : ca arrive tellement peu souvent que cest ironique
TG : mais ma question cetait si tu voulais que je taide a te caser avec john
TT : Quelle drôle de façon de demander à être l'entremetteur de quelqu'un.
TT : D'autant plus que je ne comprend pas pourquoi tu t'acharnes à vouloir me mettre avec John.
TG : il te plait pas ?
TT : Décidément, jouer les entremetteurs ne te va pas du tout.
tentacleTherapist [TT] a cessé de pester turntechGodhead [TG]
Ma future carrière d'entremetteur a fait un flop, je suis d'accord avec Rose sur ce point. J'ai voulu essayer un truc mais ça a merdé. On ne pourra pas dire que je n'ai pas essayé, même si je sais déjà que je m'y suis mal pris. J'ai tellement exagéré qu'elle a du se sentir agressée. Si elle m'a bloqué, je ne serais même pas surpris. J'aurais fais mon possible, John n'aura pas à m'en vouloir. Désolé vieux, j'ai un rap de l'extrême qui m'attend alors tu vas devoir te débrouiller. Je me réinstalle près de mes platines et commence à composer dans l'harmonie. Sans Lil Cal, l'atmosphère est tout de même plus saine.
Rose
Je respire profondément, emplissant mes poumons de l'air frais du dehors. Depuis combien de temps je ne suis pas sortie ? Il y avait de la neige la dernière fois, ça j'en suis persuadée. C'était même l'une des premières fois où j'ai envoyé bouler Dave. Parce que j'étais occupée, principalement. L'air est encore un peu froid, mais ça ne saurait tarder à se remettre au beau fixe. La raison est simple, c'est que chez moi il fait encore nuit. Comme j'habite loin, je dois partir presque un jour plus tôt pour arriver dans la soirée. Je pense que dans peu de temps, je ne serais plus la seule sur la route. Dave m'a dit qu'il habitait sur le chemin, il me rejoindra donc en route. Pour lui, je n'aurais aucune surprise. Je sais déjà à quoi il ressemble pour les photos qu'il m'a envoyées -bien contre ma volonté je dois l'admettre- et ça ne m'a pas du tout surprise. Sa façon d'écrire va plus que bien avec son physique de coolkid. Ce qui m'a un peu plus étonnée en revanche, c'est qu'il soit blond. Dans ma tête, je ne sais pas pourquoi, mais je le voyais plus avec des cheveux noirs corbeau. Somme toute, comme ceux des trolls.
En parlant d'eux justement, je n'arrive pas à m'enlever de la tête que je vais partager la chambre de l'un d'entre eux. Je ne sais pas ce qui m'inquiète le plus pour tout dire, me rendre dans un lieu inconnu où j'ai appris de ma mère que nous allions étudier avec des trolls -ce qui est visible également lorsqu'on voit les occupants du bus- tous ensemble. Ça risque d'être un sacré chaos, je ne sais pas qui a bien pu avoir cette idée mais elle est assez tordue. Je me renseignerais plus tard, j'ai pris plusieurs dépliants que l'on avaient confiés à ma mère. Il faut dire que je viens de passer du stade de fille normale -en postulant sur le fait que la normalité existe- à cas spécial. Génial, tu commences bien ton année Rose… Je décide de m'asseoir au fond du bus, remarquant que personne ne s'y est encore mis. Peut-être également que mon instinct de survie joue, puisque dès que j'entre tous leurs regards se tournent vers moi. Je n'avais pas réalisé à quel point ils étaient nombreux par rapport aux humains présents dans le bus. Et surtout, à quel point leur regard pouvait être terrifiant. Si je regarde mon dîner la même façon, je suis heureuse de savoir qu'il ne me voit pas le regarder...
J'avale nerveusement ma salive alors que je me dirige vers l'arrière du bus. Les trolls ne me lâche pas du regard, j'ai l'étrange impression que s'ils le pouvaient ils me sauterait dessus. Il est vrai que pour eux je ne suis seulement qu'un misérable morceau de chair comestible. Je redoute encore plus le moment où je rencontrerais ma camarade de chambre. Je pense ne pas en parler d'ici là, je ne veux pas m'attirer d'ennuis ni même d'ennemis. Et puis, si je ne meurs pas la première nuit, l'expérience pourrait être enrichissante.
Arrivée à l'arrière du bus après ce qui me semble être une éternité, je me rends compte que je me suis trompée. La banquette arrière n'est pas vide, il y a une troll du côté de la fenêtre. Heureusement pour moi, elle ne semble pas vraiment me prêter attention. Des écouteurs enfoncés dans les oreilles, elle regarde par la vitre. Contrairement aux autres trolls, ce n'est pas moi qu'elle regarde mais au-dehors. J'en profite pour m'asseoir avec tout le calme dont je suis capable. Si elle me demande de partir, je ne sais pas du tout où est-ce que je pourrais me mettre. Elle ne fait pas mine de me prêter attention, je ne suis même pas sûre qu'elle sait que je suis là. Peut-être que lorsqu'elle se retournera, je lui ferais peur sans le vouloir et tous les trolls m'observeront de nouveau. Depuis que je me suis assise, ils semblent s'être désintéressés de moi. D'un certain point de vue, c'est très bien. Comme ça, je peux rassurer mon instinct qui me hurle de sortir du bus et de m'en éloigner le plus possible. Je profite de ce calme apparent pour ralentir le rythme effréné des battements de mon coeur. Je finis par me calmer et je m'approche un peu de la fenêtre inoccupée pour savoir où nous en sommes du trajet. On est pas loin de chez Dave si je me souviens bien de comment il a décrit sa ville. C'est-à-dire vide, avec de hauts immeubles, polluée et avec un soleil qui semble être là pour causer la fin du monde. C'est fou ce qu'il peut faire chaud. J'hésite à retirer ma veste, faire le moindre bruit pourrait de nouveau attirer l'attention sur moi. Une main se pose soudain sur mon épaule, me faisant sursauter.
« Tu dois vraiment avoir très peur pour rester aussi figée. »
La personne à côté de moi me murmure ces quelques mots. Ses yeux jaunes fixés sur moi, je vois que la fille trolle s'est tournée vers moi. Elle me sourit de ses crocs pointus et mon instinct de survie s'affole une fois encore. Pourtant, j'essaye de me montrer le plus calme possible en lui rendant son sourire. Ça ne doit pas être fameux puisqu'un petit rire léger s'échappe de ses lèvres. Qu'est-ce qu'elle doit bien être en train de penser ? Qu'est-ce qu'il se passe dans la tête d'un troll quand il discute avec un humain ? Sûrement des questions du même acabit que les miennes. Du moins, je l'espère, parce qu'elle n'a pas l'air de vouloir me sauter dessus. Je me racle la gorge, elle m'a posé une question à laquelle je n'ai pas encore répondu.
« Quelle serait ta réaction si tu te retrouvais entourée par des prédateurs qui en voulaient à ta vie ?
- Qui te dit qu'ils en veulent à ta vie ? Ils ne t'ont pas encore sauté dessus que je sache.
- Ce n'est pas faux, effectivement. »
Elle finit par lâcher mon épaule et se tait après un autre sourire plein de crocs. Je n'ose pas engager de nouveau la conversation. Enfin, disons plutôt que je ne trouve pas de sujet à aborder. Elle se tourne de nouveau vers la fenêtre, au moment où une question commence à me brûler les lèvres. Elle a l'air solitaire, alors que les autres semblent en groupe. C'est triste à voir, on dirait que même les siens la rejette.
« Et toi, qu'est-ce que tu fais ici, toute seule ? Tu n'as pas d'amis trolls ? »
Je me rends compte, après avoir posé la question, que je l'ai sûrement posée trop durement. La fille trolle me regarde un instant avec un air interrogatif dans le regard, comme si elle essayait de comprendre le cheminement de ma pensée pour en arriver à cette question. Je la vois soupirer avant de jeter un autre œil dehors, elle ne me regarde pas lorsqu'elle prononce ces quelques mots d'une voix triste, presque brisée.
« Les trolls ne m'apprécient pas vraiment. Ils ont leurs raisons, et je les comprends tout à fait. »
J'allais ouvrir la bouche pour lui répondre quelque chose, pas forcément quelque chose de méchant. Plutôt quelque chose qui pourrait la rassurer, même si je me doute -et elle aussi sûrement- que je n'y connais rien en relations trolles. Mais elle observait sa fenêtre et, comme j'étais à la fenêtre opposée à la sienne, j'ai vu la grosse masse s'effondrer tel un déchet humain entre nous deux. J'ai mis un peu de temps à me rendre compte de qui il s'agissait et c'est seulement en rencontrant des lunettes de soleil que je me suis dis que cette personne était Dave. Il m'adresse un sourire stoïque auquel je réponds de la même manière. Le trajet risque d'être long, alors autant essayer de trouver de quoi s'occuper. Dave a l'air de vouloir discuter et je suis du même avis que lui. A deux, peut-être que la masse de trolls affamés nous fera moins peur. Cependant, qu'il s'avise de parler de me caser avec John encore une fois et il peut être sûr que je resterais silencieuse le reste du trajet.
_ _ _
Toujours pas de John, ni de Jade. J'aurais du prévoir le coup et leur demander quel était leur numéro de téléphone. Comme ça nous nous serions retrouvés rapidement. Je pensais qu'avec Dave ça allait tout de suite fonctionner, je ne pensais pas être la seule à qui il ai envoyé toutes ces photos. Il me ferait donc plus confiance qu'à son "meilleur ami" du net ? Étrange, il faudrait que l'on parle un peu psychologie tous les deux, rapidement avant que ça ne dégénère. Le bus continue de rouler, imperturbable. Je me demande si on en a encore pour longtemps. Très certainement, nous n'en sommes qu'au milieu de l'après-midi. Dave s'est endormi, sa tête pendant négligemment sur mon épaule. Je crois que je n'ai pas mon mot à dire, mais si par le plus grand des malheurs il se mettait à baver... Je ne sais pas si quelqu'un pourra m'empêcher de le frapper. Ou alors, de le priver définitivement de son "repose-tête". En fait, c'est assez étrange de se dire qu'en temps normal nous nous serions juste contentés d'un sourire crispé l'un pour l'autre sans pour autant se mettre à discuter autant. Pourtant, avant que Dave ne s'endorme, nous avons parlé de tout et de rien comme deux vieux amis de longue date. L'atmosphère pesante et les trolls nous regardant comme de futurs casse-croûtes à du jouer. Prise d'une inspiration subite que je ne me connais pas d'ordinaire -n'étant pas quelqu'un de très tactile- je viens caresser les cheveux clairs du garçon. Je ne suis pas habituée à une présence humaine si proche de moi, mon coeur fait sûrement des pirouettes aériennes à l'heure qu'il est. Je suis contente qu'il ne l'entende pas, il se poserait des tonnes de questions avant de dire que je ne suis "pas bien dans ma tête". Ou alors il en profiterait pour se moquer de moi. Par rapport à ce que j'ai dis sur John. Un petit sourire ravi s'étire sur mes lèvres alors que je déroule l'un des dépliants. Il est temps de commencer la lecture.
Je lis quelques minutes à peine avant de me sentir de nouveau observée. Mais pas de la même manière que tantôt, c'est étrange. Je finis par lever la tête et me perd dans un océan déchaîné. A qui appartiennent ces yeux si expressifs ? Je suis quasiment certaine qu'il y a beaucoup de choses à apprendre de cette personne. C'est un garçon et, dès qu'il comprend que je l'observe, il replace rapidement ses lunettes sur son nez avant de s'approcher encore, comme pour me regarder sous toutes les coutures. Qu'est-ce qu'il peut bien me vouloir ? C'est étrange…
« Rose ? Demande-t-il d'un ton mal assuré. »
Je reste un moment sans rien dire, bizarrement la seule question qui tourne en rond dans ma tête est comment il connaît mon nom. Cette phrase n'arrête pas de se répéter dans ma tête, si bien que je reste bloquée au stade où je lui fais un demi-sourire tout en pensant que cela peut servir de réponse intelligente à lui donner. Sentant Dave bouger un peu sur mon épaule, je reprends cependant mes esprits. Ça me fait du mal de l'admettre, mais quand il veut cet imbécile sait être utile. Cette fois, je renvois un véritable sourire à mon interlocuteur, sachant qu'il attend toujours ma réponse. A mon tour de l'étonner.
« C'est exact. Et toi tu es John, je me trompe ? »
C'est à son tour de ne rien répliquer, sinon un sourire idiot qui se fixe sur son visage. Puis, je le vois s'approcher encore plus de moi jusqu'à me prendre dans ses bras pour me faire le plus gros de tous les câlins que je n'ai jamais eu. En exécutant cette action cependant, il tombe de son siège et s'affale donc sur moi. Tout ce capharnaüm a fini par réveiller Dave et j'ai l'étrange impression qu'il se retient de rire. Bon sang, je dois être rouge pivoine. Et ce cœur qui ne veut pas se mettre à battre correctement ! Malgré son petit sourire en coin, Dave ne semble pas savoir s'il doit intervenir ou laisser faire. Il opte finalement pour venir m'aider mais quelqu'un d'autre lui saute dessus en hurlant son nom. Maintenant, on ne peut pas vraiment dire qu'il en mène plus large que moi. Son sourire en coin à disparu et il essaye de repositionner correctement ses lunettes quand la furie le lâche. Je crois que pendant ce temps John a essayé de me dire quelque chose, mais c'est peine perdue puisque mes neurones se sont officiellement déconnectées lorsqu'il m'a éteinte. Il finit cependant lui aussi par me lâcher et j'ai l'impression que je vais pouvoir reprendre mon souffle, mais c'est au tour de la fille de me prendre dans ses bras. Fille que j'identifie directement comme étant Jade, la jumelle de ce cher John. Ils ont exactement le même comportement.
Quand elle me relâche et que John relâche à son tour le pauvre Dave, je jette un regard curieux à l'avant du bus pour vérifier que les trolls ne nous regardent pas une nouvelle fois. Ils ont l'air d'avoir détourné le regard et je crois qu'ils n'ont aucune envie de croiser celui de nos camarades. Ils ont tellement la joie de vivre que certains se refusent même de leur jeter le moindre regard. Est-ce qu'ils leur ferait peur ? Soudainement ça commence à devenir très intéressant. Faut-il que, moi aussi, je devienne aussi hyperactive qu'eux pour rendre la monnaie de leur pièce à tous ces trolls à l'aspect effrayant ? Cette année promet bien plus que ce que j'espérais au début. Déjà, je démarre l'année avec de nouveaux amis, et ce nouveau système d'égalité trolls/humains a l'air intéressant. Je me demande ce que nous réserve la suite des événements. Si l'on doit cohabiter avec les trolls, nul doute que l'on va apprendre plein de choses sur eux. Avant de l'oublier, je fais signe à John et Jade pour qu'on s'échangent tous nos numéros de téléphone. Ça pourra très certainement nous être utile pour la suite, notamment si ma camarade de chambre souhaite faire de moi son goûter. En parlant de ça, le bus vient tout juste de s'arrêter. Déjà ?
J'attrape ma valise dans le coffre alors que Jade fait le "high five ironiquement sérieux" tant promis à Dave. De mon côté je parle un peu à John. Nous n'avons pas beaucoup en commun mais ça me fait rire de penser que nous avons tout de même réussi à nous lier d'amitié. Il a un goût douteux pour certains films que je déteste, prenons par exemple Con Air. Et l'acteur principal -Nick Cage si je me souviens bien ?- est juste là pour exhiber ses muscles saillants et couverts de sueur. Un peu trop pour les fangirls je dois dire. Pourtant, John me parle de lui comme si c'était son héros. C'est parce qu'il attire les filles comme des aimants ou bien parce qu'il aime les hommes et qu'il trouve Nick Cage à son goût ? Je confirme, un jour il aura droit à l'une de mes séances de psychanalyse, ça ne pourra que lui faire le plus grand bien et j'en apprendrais plus sur lui par la même occasion. D'une pierre deux coups comme on dit. Je suis mes amis jusque dans le couloir des dortoirs humains, me demandant si je serais dans cette aile-ci ou dans l'autre. J'ai un peu peur de me retrouver dans l'autre, les trolls y seront sans doute plus enclins à me dévorer. C'est avec soulagement que je repère mon nom sur l'une des portes. Jade s'arrête elle aussi devant, essayant de déchiffrer l'autre nom. Peine perdue, ce n'est pas écrit en langage humain. Je sens que la question lui brûle les lèvres et je suis presque sûre qu'elle va me la poser.
« Je n'arrive pas à lire l'autre nom sur la porte, c'est normal ?
- Oui Jade, c'est du troll. »
Un petit silence suit ma déclaration, Jade peinant visiblement à comprendre le sens de ma phrase. A moins qu'elle ne le fasse exprès, ou qu'elle soit juste interloquée. C'est finalement Dave qui prend la suite de ma phrase, la traduisant par la même occasion dans le cas où Jade n'aurait pas compris. Malgré son ton neutre, on peut sentir une pointe d'étonnement dans ses paroles.
« Tu partages ta chambre avec une troll ?
- Ouf, reprend une voix dans mon dos, content d'apprendre que je ne suis pas le seul ! »
Je me retourne vers John qui me fait un pauvre sourire. Alors comme ça, je ne suis pas la seule à participer à la mixité des dortoirs ? Sa soeur lui donne une grande tape sur l'épaule et je vois que ses lunettes sont presque à décoller de son nez. Elle se met ensuite à râler qu'elle ne comprend pas pourquoi il ne lui a rien dit et je ne peux m'empêcher de pouffer discrètement de rire. Ah, l'amour fraternel... Je ne sais pas pourquoi, mais au moment où je pense à ça mon regard est attiré par le tee-shirt rouge de Dave qui attend, les bras croisés, que l'on continue notre marche. Je ne peux pas savoir ce qu'il regarde à cause de ses lunettes de soleil, mais je crois bien que son regard est dirigé en direction des deux jumeaux.
« J'espère pour toi que tu ne seras pas dans l'aile des trolls, déclare-t-il avec détachement.
- Ne t'en fais pas Dave, dans le pire des cas je sais me défendre. Et... vous êtes là, pas vrai ?
- Mais bien sûr crétin, le nargue à son tour Jade, tu crois vraiment que je vais laisser mon frère se faire bouffer sans rien faire ? »
Le regard de John passe alors de sa soeur à Dave et moi. Nous lui répondons simplement en hochant la tête d'un air entendu. Qu'on le connaisse réellement depuis peu ne change rien, on ne laissera personne se faire manger. Je compte bien finir mes études sans qu'il y ai le moindre mort dans notre classe, surtout s'ils doivent être mangés par des trolls. Je respire un grand coup avant d'ouvrir la porte, Jade et les autres sur mes talons. Heureusement pour moi, la chambre est pour l'instant vide. La troll qui partage ma chambre ne doit pas être encore arrivée. Je me dépêche de déposer mes affaires, je reviendrais plus tard. Si seulement ce plus tard pouvait ne jamais exister... J'observe John, lui aussi semble nerveux. Il devient de plus en plus tendu au fur et à mesure que le nombre de portes diminue. Jade a trouvé sa chambre, Dave aussi, pourtant on continue tous les quatre jusqu'au fond du couloir. John tremble, il est de plus en plus pâle. Sans réfléchir, dès que je vois que Jade et Dave ne font plus vraiment attention à ce qu'il se passe derrière eux, je glisse mes doigts dans la main tremblante de John, espérant ainsi le rassurer. Il a l'air d'apprécier le contact, il serre mes doigts un peu plus fort dans sa grande main. Finalement, nous arrivons devant la dernière porte. Nous retenons tous notre souffle avant de lever les yeux vers cette dernière pour y lire les noms inscrits en lettres capitales. Et là…
