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Les Noces de Coton

Summary:

C’était une prise d’otage et les Senju ne s’en cachaient même pas.

Les anciens du camp d’en face avaient exigé d’avoir une assurance que les Uchiha ne tenteraient pas quelque chose d’insensé pendant les négociations de paix et ils avaient exigé d’avoir entre leurs murs l’héritier de Madara, le second dans la lignée.

Les anciens Uchiha avaient refusé d’abandonner un des leurs entre les mains des Senju sans avoir de garanties qu’il serait traité avec les égards qui lui sont dus.

« Selon les lois Senju, » prononça Tobirama Senju d’une voix clinique, « les violences conjugales sont passibles de mort. J’épouserai Izuna Uchiha pour vous donner l’assurance qu’aucun mal ne lui sera fait. »

Et Izuna accepta, « Je vais le faire. »

C’était pour le bien du clan, après tout.

Pour accomplir sa dernière mission en tant que shinobi.

Faire échouer la paix.

Notes:

Bonjour !

Alors, alors, que dire de plus que "Oops I did it again" ?
Installez-vous le plus confortablement possible !
Tout d’abord, permettez-umoi de remercier LapinDepice et Kalyn40 pour la relecture.
Les Noces de Coton, ce sera une fiction sombre, à l'ambiance pesante.
Aussi, prenez soin de vous. Si ce genre d'ambiances vous met mal à l'aise, n'hésitez pas à faire demi-tour.
Pour certains chapitres, je signalerai que je déconseille de manger pendant la lecture parce qu’il y va y avoir du sale.
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Également, non signalés dans les tags mais bien présents dans la fic :

• Du slut-shaming,
• Des références et des comportements Rape/non-con & dubious consent, mais pas de viols, pas de non-con, pas de smut,
• Beaucoup, beaucoup de commentaires négatifs sur le handicap,
• Des descriptions de scènes vraiment écœurantes avec du vomi, de la bile et ce genre de trucs.
Les chapitres concernés porteront une note signalant ce qui peut être trouvé dedans. En l’absence de notes, cependant, pensez à vous référer aux tags généraux de la fic qui peuvent toujours s’appliquer.

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Prologue

Chapter Text

Il n’y eut pas de fête pour célébrer ce mariage.

Ni Izuna ni Tobirama ne portait le kimono traditionnel.

Il n’y eut pas de saké, pas de branche de sakaki.

L’ambiance était morne autour d’eux, l’assistance silencieuse. La large table devant laquelle ils s’étaient agenouillés était occupée d’un côté par les anciens Uchiha, de l’autre par les anciens Senju et face à eux, leurs chefs de clan. Hashirama et Madara n’étaient pas particulièrement ravis de la tournure des événements, les deux ayant espéré assister aux noces de leurs frères quand ils contracteraient un mariage d’amour.

Mais cette vaste plaisanterie n’était pas construite sur les bases solides d’une mutuelle confiance entre les deux partis.

Cela se voyait à la crispation sur le visage de Tobirama, elle formait des plis sur son front et entre ses sourcils, chiffonnait ses lèvres en une moue contrite, alors que le parchemin glissait entre ses mains au fur et à mesure qu’il lisait à voix basse leurs droits et leurs devoirs à Izuna qui, lui-même ne touchait pas le rouleau posé devant lui.

Il aurait bien essayé de tâtonner sur la table pour le trouver, mais il avait toutes les chances de tremper ses doigts dans l’encrier, de souiller le bois et ses vêtements, puis ses joues, d’un rouge sang qui aurait alerté Madara, réveillant dès lors des souvenirs qui n’étaient pas encore totalement enfouis.

Izuna n’avait toujours pas retrouvé toutes ses couleurs de la blessure qui lui avait été infligée par son futur époux. La crispation sur son visage était tout à la fois due à ces noces d’une vulgarité sans nom et à la douleur qui cisaillait encore son flanc quand il restait trop longtemps droit et digne. Les cernes sous ses yeux ne cessaient de s’empirer au fur et à mesure que les nuits s’écoulaient sans qu’il puisse trouver le sommeil.

Et le pire, dans tout ça, était qu’il ne pouvait pas le voir. Parce qu’il était aveugle.

C’était avec désarroi qu’il avait découvert qu’il était possible de pleurer même en étant dépourvu d’œil. Il y a encore quelques semaines, il l’ignorait et il aurait préféré qu’il en reste ainsi, mais le destin l’avait épargné. Il avait donné ses yeux à son frère, pour que l’un des deux puisse tout de même être utile au clan, puis il avait survécu à ses blessures, une providence inespérée qui avait tout du cauchemar pour lui.

L’entaille dans son flanc l’avait définitivement retiré de la vie de shinobi. Plus jamais il ne pourrait prendre les armes et se battre. La seule chose qu’il avait pu faire pour son clan était celle-ci. S’unir à Tobirama Senju.

Telles avaient été les conditions du clan de son futur époux. Non pas un mariage pour assurer le mélange de leur famille, commencer une nouvelle lignée qui posséderait leurs forces combinées – ils étaient deux hommes, ils ne pouvaient pas engendrer une descendance. Personne ne pouvait penser qu’une union infertile était le gage d’une volonté à mêler deux clans pour plus que le temps d’une vie humaine.

C’était une prise d’otage et les Senju ne s’en cachaient même pas. Les anciens du camp d’en face avaient exigé d’avoir une assurance que les Uchiha ne tenteraient pas quelque chose d’insensé pendant les négociations de paix et ils avaient exigé d’avoir entre leurs murs l’héritier de Madara, le second dans la lignée, lui, assigné à résidence, à la surveillance de son presque meurtrier.

Madara s’était récrié, il avait tempêté, hurlé, refusé de laisser son frère entre les mains hostiles d’un clan qui avait déjà gagné. Il avait argumenté, il avait même supplié Hashirama de revenir sur cette condition, mais les anciens étaient intraitables.

C’était alors que le Démon Senju était venu avec cette idée. « Selon les lois Senju, » avait-il dit de ce ton laconique avec lequel il s’exprimait tout le temps, « les violences conjugales sont passibles de mort. J’épouserai Izuna Uchiha pour vous donner l’assurance qu’aucun mal ne lui sera fait. »

Et c’était pour le bien du clan, donc pour cette fois, Izuna avait tendu la main, tâtonnant le long de la jambe de son aîné qui s’était relevé, puis il avait saisi le bas de haori pour le forcer à se rasseoir. Pour le bien du clan, Izuna avait psalmodié entre ses lèvres avant de redresser la nuque dans, il l’avait espéré, la direction des deux frères Senju. « Je vais le faire », avait-il dit.

Il n’était bien évidemment pas question d’un divorce quand les négociations seraient enfin terminées. Izuna avait serré les dents, conscient qu’il avait été bradé à son ennemi, puis il s’était répété « c’est pour le bien du clan » comme une litanie incessante qui tournoyait encore dans son esprit.

Finalement le chuchotis de Tobirama se tarit, et lorsque résonna le froissement du parchemin étendu sur la table, fixé avec des poids pour qu’il ne s’enroule pas, Izuna déglutit. Il sursauta quand une main gelée – avec de longs doigts épais et calleux – se posa sur la sienne pour la guider.

— Ton hanko est encré, murmura Senju à son oreille en tirant un peu sur le poignet pour le conduire au-dessus de l’endroit où il devait apposer sa marque.

— Vous pouvez signer, Izuna-san, confirmèrent les anciens Uchiha à sa gauche à peine assez fort pour que lui seul entende. Le parchemin est une copie conforme de ce qui a été lu.

Izuna-san.

Le suffixe le fit trembler, mais il tint bon, conscient que tous les regards convergeaient vers lui.

Alors il descendit sa main, légèrement étonné quand il rencontra une résistance plus tôt qu’il ne l’avait prévu, rendant l’encrage moins assuré, mais la paume qui guidait toujours le mouvement appuya un peu plus et relâcha le poignet, le déplaçant vers les autres exemplaires qu’ils devraient tous deux parapher.

Cette farce continua quelques minutes supplémentaires et Tobirama eut à son tour signé chacun des parchemins.

Aussi simplement que cela, ils étaient mariés.

Cela marquait la première étape du plan de Madara et Hashirama vers la paix. À partir de cet instant, Izuna devrait vivre dans le clan Senju comme s’il était des leurs. Il retint une grimace écœurée à cette pensée. Son mari l’avait énoncé en lisant les règles selon lesquelles ils allaient désormais vivre.

Izuna irait habiter la maison occupée par Tobirama Senju dans l’enceinte de son clan. Son handicap lui retirait les tâches traditionnellement allouées au conjoint d’un héritier, mais Izuna n’en aurait pas voulu. Il avait mis du temps à comprendre, cependant, que ce que les Senju considéraient comme une infirmité n’était pas sa cécité, mais bel et bien sa flagrante défaillance physique et sa pauvre endurance.

De ses journées, il ne pourrait rien faire d’autre qu’attendre que les heures passent. Le soir, il devrait s’acquitter de ses devoirs d’époux et partager la couche de son mari pour apaiser ses tensions, quelle qu’en soit la nature. Cette obligation lui avait tiré un frisson horrifié qu’il avait réprimé de son mieux. Il n’était peut-être plus capable de voir, mais il pouvait toujours sentir les regards qui pesaient sur lui, ceux des anciens de son clan qui se demandaient s’il était à la hauteur.

Il fut un temps, pas si lointain, jamais ils n’auraient douté de lui. Il avait été Izuna Uchiha, héritier du clan Uchiha, second porteur du mangekyo sharingan, capable de figer le temps d’un seul de ses regards, commandant en second aux forces armées Uchiha, un général dévoué et loyal.

À présent, il n’était plus qu’Izuna Uchiha, ancien combattant rendu impotent, défait par Monsieur son mari, aveugle en plus de ça, une bouche à nourrir inutile.

Cependant, il lui restait un espoir. Une possibilité de regagner sa place parmi les Uchiha, une chance de ne plus être une bouche à nourrir inutile, mais le héros qu’il avait toujours rêvé d’être, avoir son nom dans l’histoire de son clan. Et cela passait par son mariage. Par les négociations qui allaient être menées.

Les discussions de paix reprirent alors que les taches d’encre qui entremêlaient leurs existences n’étaient même pas sèches.


Quand la réunion s’acheva, trop tôt, bien trop tôt à l’esprit d’Izuna, les adieux avec son clan – son ancien clan – et son frère furent tièdes. Les aînés leur avaient défendu de ne pas respecter l’étiquette, leur avaient interdit les embrassades, les larmes.

Il se tenait face à Madara, il le savait, il sentait l’odeur de rose qui émanait de son kimono et de son haori, mais cette sensation pourtant réconfortante était salie par la présence écrasante de Tobirama un pas derrière lui.

Ce fut son mari qui saisit son coude droit pour l’aider à trouver la main tendue de son frère. Izuna sourit à peine quand il sentit les doigts nus de son aîné glisser contre sa paume : si les anciens leur avaient interdit de s’enlacer, Madara avait tout de même tenu à avoir un ultime contact physique avec son cadet. Il avait donc retiré ses gants et la pulsation familière du chakra brûlant de son frère s’infiltra dans ses tendons, remontant jusqu’à l’articulation de son épaule, diffusant une chaleur affectueuse partout où les doigts gelés de Tobirama n’irradiaient pas leur glace infecte.

Le retour sur le territoire Senju fut éprouvant. La délégation des anciens ne voyageait pas léger, et certainement pas comme des shinobis dignes de ce nom : ils avaient adopté un moyen de transport très prisé par les nobles de la cour du Daimyo.

Tobirama avait proposé à Izuna de prendre place dans un des norimono, mais il avait refusé sèchement, demandant à son mari, son rival, de garder pour lui cette pitié infecte dont il voulait le couvrir. Loin de s’offenser du cri, Tobirama avait ricané et s’était écarté, lui laissant tout l’espace qu’il souhaitait pour marcher.

C’était fastidieux. Le tumulte des voix inconnues autour de lui, son unique repère à présent, couplé au sol peu familier sous les semelles de ses chaussures avaient rendu son voyage de retour difficile et épuisant.

Il percevait, toutefois, les deux seules voix qui lui étaient familières : Hashirama et son cadet parlaient ensemble non loin, pas assez fort pour qu’Izuna puisse tout entendre, mais suffisamment pour qu’il puisse les placer dans le brouhaha alentour.

Il ne se rendit même pas compte du moment où il franchit les limites de l’enceinte Senju. D’ordinaire, quand un Uchiha arrivait à proximité – ou n’importe quel autre clan – il pouvait sentir les barrières de chakra quasiment impénétrables qui avaient été dressées tout autour et Izuna s’était naïvement attendu à les ressentir, au moins un peu, lorsqu’il traverserait le seuil pour la première fois.

Cependant, il n’en fut rien. Quand la foule et le brouhaha commencèrent à se dissiper, ne laissant rapidement plus que Hashirama, Tobirama et Izuna, ce dernier réalisa qu’ils étaient arrivés.

— J’ai demandé qu’un dîner vous soit préparé, informa le chef de clan avec une émotion dans la voix qu’Izuna ne parvenait pas à identifier. Rentre chez toi, mon frère. Profite de ton époux.

Izuna contint le ricanement qui lui vint, se souvenant de la promesse qu’il avait faite aux anciens. Pas de vague. Passer inaperçu. Ne pas provoquer de conflit. Gagner leur confiance.

Amasser des informations.

Faire échouer la paix.

Telle était sa mission, sa dernière mission. Celle qui lui permettrait de retrouver grâce aux yeux de son clan.

Et s’il fallait, pour ça, trahir les rêves de son frère, eh bien, ce ne serait pas sa première fois. Et si Madara ne l’apprenait jamais, il n’en souffrirait pas.

Et Izuna, quoique réduit à l’impuissance par Monsieur son mari, restait un shinobi, un talentueux, s’il en était. Alors il collecterait des informations, les distribuerait à qui de droit et saboterait la paix de l’intérieur. Parce que c’était sa mission et qu’elle ferait de lui un héros du clan Uchiha.

Une main appuya sur ses omoplates et la voix désagréable de Tobirama revint à ses oreilles, retrouvant enfin le ton agacé et sec qu’il avait toujours.

— Je vais te conduire chez moi, Izuna-san.

Encore ce suffixe. Plus insultant sur les lèvres de Tobirama que dans la bouche des anciens. Il donnait au discours de son mari une patine désagréable de déférence usinée pour correspondre à un standard classique, un langage raffiné et cordial, mais Izuna avait perdu le respect de Tobirama.

Naguère, il avait été « Izuna » sifflé d’un ton âcre, craché avec haine, ils parlaient avec leurs épées d’égal à égal, sur un pied de rivalité, une danse infinie dans laquelle Izuna avait sa place.

Pour lui, Tobirama ne serait jamais « Tobirama-san », jamais, il resterait « Tobirama » prononcé comme une insulte, une offense, le Démon, l’homme à abattre.

Mais Tobirama avait abattu Izuna. Et en entaillant son flanc, en déversant sur le sol aussi bien son sang que ses entrailles – une partie en tout cas –, il avait également dispersé toute la dangerosité qui émanait d’Izuna.

Aux yeux du clan Senju, maintenant, l’héritier Uchiha n’était plus rien que celui qui a été battu. Un époux de misère, un poids supplémentaire sur les épaules de leur général adulé.

Et, malgré son désir de se dérober au contact de cette main sur son dos, il se contenta de hocher la tête en silence, se mettant en mouvement sous l’impulsion, marchant sans un mot là où Tobirama le guida.

Il garda tout au long du trajet la mission dont il était le récipiendaire, qui pouvait tout aussi bien être sa dernière.

Quitter le service auréolé de gloire, reconnu comme celui qui avait tout donné, tout sacrifié, plutôt que partir tête basse, honteux et perdant.

Mener à bien la mission.

Faire échouer la paix.