Chapter Text
— Quand je pense qu’ils étaient qu’à cinq mètres de moi.
Léodagan était assis sur une souche, les yeux fixés sur les flammes dansantes qui jetaient des reflets roux dans ses cheveux gris. Arthur lui jeta un coup d’oeil au-dessus du feu de camp. Autour d’eux, les soldats s’affairaient à préparer leur départ, les uns rassemblant leurs armes, les autres répétant le plan d’attaque. Il resserra sa cape noire autour de ses épaules. Le vent était froid dans la nuit déjà bien avancée.
— À quinze contre un, vous auriez pas pu faire grand-chose, dit-il. Et puis, vous étiez allés ramasser des fraises avec votre fille, vous auriez pas pu vous douter de ce qui se passerait. De toute façon, dès que les éclaireurs sont revenus, on part la chercher. Dans quelques heures, elle sera avec nous.
Ce fut au tour de Léodagan de lui jeter un regard peu convaincu.
— Vous dites ça pour vous rassurer vous, ou pour me rassurer moi ?
Arthur haussa les épaules. Il repoussa une longue mèche noire, tombée devant ses yeux, derrière son oreille. Il n’avait pu se résoudre à les couper, bien qu’il ne soit guère évident d’avoir les cheveux long pour un chef de guerre. Pas encore.
— De toutes façons, si on la ramène pas, c’est votre femme qui ira la chercher elle-même. Déjà qu’il a fallu faire tout un cirque pour pas qu’elle nous suive.
Léodagan hocha la tête.
— D'ailleurs, je sais pas ce que vous avez prévu de faire de l’autre, dit-il à voix basse, le regard fixé sur les braises rougeoyantes, mais si vous le tuez pas, c’est moi qui m’en occupe. Remarquez, si on le ramène vivant au château, il va pas le rester très longtemps. Vous aurez beau mettre autant de gardes que vous voudrez, ça arrêtera pas ma femme. Et vous savez comme moi que, si on le laisse partir, il recommencera.
Arthur resta silencieux, et Léodagan n’insista pas. Ils se tinrent compagnie en silence sous les étoiles, entourés par le bruissement des feuilles, les cris des bêtes sauvages, et la mélodie d’une armée qui se prépare.
— De toutes façons, dès qu’on rentre, je lui colle un garde du corps aux miches, non négociable, finit par dire Léodagan.
— C’est pas moi qui vais vous arrêter, acquiesça Arthur. On peut même lui en coller deux, si ça vous fait plaisir.
***
Au sein d’une petite clairière perdue dans la forêt, non loin des ruines de ce qui fut, par le passé, Kaamelott, avait été érigé un camp de fortune. Il abritait les traditionnels traîtres, renégats, lâches et autres synonymes qui, non contents d’être toujours en vie, cherchaient un moyen de reprendre le pouvoir afin d’assouvir leur soif d’ambition pour les uns, et de continuer les vieilles habitudes pour les autres.
— Non mais, sérieusement, vous la capturez, moi, à la limite, je veux bien, dit Loth avec un grand geste du bras en direction de Guenièvre pour appuyer ses propos. Vous voulez pas la ligoter, je peux comprendre. Mais la laissez libre avec simplement les poignets pris dans une petite ficelle, vous m’excuserez, je trouve que ça fait un peu léger. Déjà qu’il a fallu qu’elle s’échappe et qu’on lui court après pour que vous acceptiez qu’on lui attache les chevilles !
À quelques mètres de lui, assise en tailleur au pied d’un hêtre, sa robe blanche tachée par la boue et déchirée par les branchages, Guenièvre le regardait d’un air furieux. Une épaisse corde enserrait ses poignets posés sur ses genoux. Autour d’elle, les quelques gardes blancs restés fidèles à Lancelot, et les soldats du royaume d’Orcanie finissaient de ranger le campement, alors que les premiers rayons du soleil perçaient déjà les nuages à l’Est.
— D'autant que, de mémoire, c’est pas des poignets ligotés qui l’ont empêché de disparaître la première fois, ajouta Galessin.
— Non.
La voix de Lancelot était ferme, et sans appel. Sa main se posa sur le pommeau de son épée, en clair avertissement de ne pas insister. Et pourtant, depuis que Guenièvre avait été ramenée au camp, il ne lui avait adressé ni un mot, ni un regard.
— Ce que l’on peut faire, dit Mevanwi, les yeux posés sur son ancienne rivale qui soutint son regard sans vaciller, c’est l’enfermer dans une jolie petite cage. Elle ne sera pas ligotée, ce sera d’autant plus dur pour Arthur et les autres de l’en sortir, et ça vous laisse le temps de décider quoi faire d’elle en attendant.
— Quelle bonne idée ! s’exclama Guenièvre en levant les yeux au ciel. D’autant que j’ai l’habitude maintenant, après avoir passé dix ans enfermée dans une tour.
Lancelot fronça les sourcils.
— Quoi faire d’elle? Que voulez-vous dire?
Mevanwi le regarda d’un air surpris.
— Elle vous a quitté deux fois déjà, dit-elle. Si vous voulez laisser passer un affront pareil, libre à vous, mais que penseront vos hommes ? D’autant que, si vous reprenez le trône, il s’agira de faire un héritier cette fois.
Elle se mit sur la pointe des pieds, prenant appui sur les épaules de Lancelot dans une moquerie d’embrassade.
— Ou tenez-vous vraiment à ce que le peuple vous voit comme un souverain plus incapable encore que le précédant ? souffla-t-elle dans son oreille avant que Lancelot ne la repousse avec un air empli d’un dégoût et d’un mépris rarement vu sur son visage.
— Ah ! dit Loth en faisant un pas en arrière, les mains levées en signe d’innocence. Là, mes amis, nous atteignons, une fois n’est pas coutume, une de mes rares limites. Capturer la reine, je veux bien, c’est un coup de bâtard, donc on reste dans nos petites habitudes, si on veut. Mais si on commence à parler torture et autres joyeusetés, je vais devoir vous quitter. Non parce que, c’est pas que ça me gêne, hein. Boyaux, viscères, bûchers, soyons honnêtes, c’est la routine. Mais, dans l’hypothèse d’un échec, parce que, restons lucide, tout est possible. Dans l’hypothèse d’un échec, donc, je préfère être jugé pour avoir capturé la reine uniquement. Je doute fortement que la punition soit la même si le fils Pendragon la récupère, comment dire, 'abîmée', si vous voyez ce que je veux dire.
— Surtout, faites comme si j’était pas là, hein, dit Guenièvre d’une voix si plate qu’on aurait pu douter que la discussion la concernait. J’ai l’habitude, après tout.
— On pourrait aussi envisager de la bâillonner, ajouta Mevanwi.
— Arthur ne la récupérera pas, déclama Lancelot, faisant mine de ne pas les avoir entendu. Et un noble chevalier ne met pas son aimée en cage comme un vulgaire animal.
— Oui, enfin, pour la cage, vous l’avez quand même enfermé dans une tour pendant plusieurs années, remarqua Galessin.
— Dans une tour, oui, répéta Lancelot. Pas dans une cage.
— Dans une tour, c’est beaucoup dire, remarqua Guenièvre dans le vide. On parle d’une pièce d’une dizaine de mètres carré avec une pauvre petite fenêtre sur l’extérieur.
Loth fit une moue incertaine.
— Une tour, une cage, dit-il. L’on est en droit de se demander s’il y a vraiment une différence.
— Et puis, on est tous d'accord pour dire que l’objectif, c’est que Arthur vienne essayer de la sauver, non ? dit Galessin.
— Ah mais non, seigneur Galessin, mon brave, interrompit Guenièvre sur un ton joyeusement ironique, en fixant Lancelot qui persistait à lui tourner le dos. Ce que le seigneur Lancelot veut dire par ‘Arthur ne la récupérera pas', voyez-vous, c’est que, quitte à me perdre, comment aviez-vous dit déjà ? Ah oui ! Il préfère me tuer de ses propres mains.
Galessin et Loth se tournèrent vers Lancelot d’un même mouvement.
— Ah oui, dit Loth, hochant la tête. On a donc atteint des sommets que je pensais jusque-là hors de vue. Non mais, vous savez quoi, je vous laisse faire vos petites bricoles, hein, vous décidez quoi faire, et puis quand vous aurez repris vos esprits, vous me faites signe ? Non parce que, au bout d’un moment, il faut savoir rester sérieux. Si vous partez dans des divagations folles, faut le dire, et puis nous, on retourne à nos magouilles habituelles. Donc, écoutez, moi, je m’en vais, et puis on se revoit quand la raison vous retrouve ?
Mevanwi détourna les yeux de Guenièvre pour se tourner vers les autres conspirateurs, faisant virevolter sa lourde robe.
— Suffit ! dit-elle sèchement. Personne ne va tuer Guenièvre. Pour l’instant, du moins. Seigneur Galessin, vous nous trouvez une cage solide où l’enfermer, et nous partons. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que, plus nous restons ici, plus le risque que les soldats de Kaamelott nous retrouvent avant que nous soyons prêts augmente.
— Alors, oui, mais je tiens tout de même à rappeler que, parmi les connards ici présents, je suis tout de même le seul à être roi, dit Loth. Je pense que ça mérite tout de même un minimum de respect, surtout quand il s’agit de donner des ordres à mes hommes.
— D’autant que je suis chevalier, pas serviteur, ajouta Galessin, et qu’aux dernières nouvelles, je prends pas mes ordres de la maîtresse du régent.
Mevanwi arqua un fin sourcil.
— Si vous avez une meilleure idée, n’hésitez surtout pas à la partager, dit-elle calmement.
Loth et Galessin échangèrent un regard.
—Non mais, c’est le principe, expliqua Loth. Sur le fond, ma foi, on a rien à redire. Quoad Primum, après tout. Le respect d’abord. Même si, bon, au vu de cette bande d’abrutis et de traîtres, je suis pas sûr que le respect vole bien haut par ici.
Arthur et Léodagan, allongés dans l’herbe en haut d’une colline qui donnait sur la clairière, regardèrent Galessin s’éloigner, suivi de Loth. Léodagan était silencieux, ce qui était loin de rassurer Arthur. Non pas qu’il préférerait entendre son beau-père bougonner et se plaindre comme à son habitude, mais un Léodagan silencieux était, de façon général, bien plus imprévisible qu’un Léodagan bougonnant.
Les autres chevaliers et soldats s’étaient déployés dans la forêt alentour, de sorte à former un cercle infranchissable autour du camp. Un ordre du roi, et ce cercle se resserrerait jusqu’à étouffer tout ce qui se trouvait en son sein.
— Vous êtes toujours au clair sur le plan ? demanda Arthur, à moitié pour s’assurer qu’il n’y aurait pas d’accrocs, et à moitié parce que le silence lui devenait pesant.
Léodagan hocha la tête. Son regard passa de sa fille, abandonnée au pied de l’arbre, à Lancelot qui, sans jamais la regarder ni lui parler, vaquait à diverses occupations, probablement de futiles prétextes pour rester auprès de Guenièvre. La plupart des soldats avait maintenant quitté la clairière et s’était mis en route avec les tentes, les armes et les provisions vers leur prochain site de campement. Les quelques gardes toujours présents sur le camp patrouillaient autour de la dernière tente de commandement.
— Bon, alors on y va, dit Arthur.
Ils se redressèrent en prenant soin de rester cachés derrière les arbres et les hautes herbes. La pente était douce et la végétation fournie, ce qui facilita leur trajet. Un unique garde se trouvait sur leur chemin, et fut rendu inconscient avant d’avoir put alerter quiconque. Arthur et Léodagan poursuivirent leur route jusqu’à la lisière de la clairière. Ils restèrent suffisamment en retrait pour ne pas être repérés, mais prirent soin de garder une vue dégagée sur Guenièvre. Ils n’avaient perdu de vue le camp que quelques minutes, mais des minutes bien trop longues au goût d’Arthur.
Elle n’était plus qu’à quelques mètres d’eux, toujours assise entre la racines d’un chêne, adossée contre son tronc, le regard perdu dans de lointains souvenirs. Arthur n’osait attirer son attention, au risque d’alerter les soldats. Lancelot leur était dissimulé par la tente, mais il devinait son emplacement par les coups d’oeil rapides que lui jetait Guenièvre par moments, avec une expression qu'Arthur, malgré ses dix années d’absence, reconnaissait comme le chagrin du souvenir d’une relation dans laquelle tant d’espoirs avait été mis réduite en cendres. La peur qu’il voyait se mêler au chagrin dans les yeux de Guenièvre le traversa de part en part à la façon d’une flèche ennemie. Dix années passées en tant qu’esclave libre de son côté, alors qu’elle était libre mais enfermée du sien. Combien de temps encore aurait-elle passé dans cette chambre, si les circonstances ne l’avait pas ramené au Royaume de Logres ? Plus que quelques minutes encore à attendre, et il pourrait la libérer de ses liens plus rapidement qu’il ne l’avait libéré de la Tour de Ban, et passer le reste de sa vie à s’excuser de ne pas être revenu assez vite, si elle acceptait de rester à ses côtés. De ne pas être revenu tout court. De ne pas l’avoir appréciée, avant. De ne pas l’avoir écoutée. De ne pas lui avoir laissé la moindre chance. Il avait trop souvent oublié que, dans leur mariage arrangé, elle non plus n’avait guère eu le choix. Probablement encore moins que lui, connaissant Léodagan et Dame Séli.
Arthur s’apprêtait à faire signe à son beau-père d’aller se placer de l’autre côté du camp, de sorte qu’au moins l’un d’eux ait une vue sur Lancelot, quand Mevanwi sortit de la tente, suivi d’un soldat de l’armée blanche. Guenièvre se redressa en la voyant approcher. Mevanwi s’agenouilla auprès d’elle, sa coiffure soignée et sa robe vert sombre en exact opposé des cheveux en bataille et de la robe souillée de Guenièvre.
— Cela devrait nous évitez d’avoir à vous écouter déblatérer des inepties à longueur de temps, dit Mevanwi de sa voix mielleuse en montrant la bande de tissu blanc qu’elle tenait entre ses mains.
Guenièvre jeta un œil au tissu sans en avoir l’air bien impressionnée, et ne daigna pas répondre. Elle regarda simplement Mevanwi d’un air désintéressé.
— Mais avant, continua Mevanwi après un temps de silence la tête, passant le tissu au soldat posté derrière elle, j’ai une question à vous poser.
Elle se tenait droite, la tête levée de sorte à pouvoir regarder Guenièvre de haut. Son visage, autrefois doux et émotif, semblait figé dans un masque de marbre blanc. Même ses lèvres, autrefois charnues et invitantes, était désormais d’un rouge plus sombre qu’il n’était coutume, plus fines et sèches que dans les souvenirs d’Arthur.
— Parce que vous pensez sérieusement que je vais vous répondre ?
Léodagan ne put retenir un petit rire en entendant la réponse de sa fille, et Arthur lui-même ne put s’empêcher de sourire.
— Je me suis toujours demandé, reprit Mevanwi d’une voix étrangement douce, ce que Lancelot et Arthur peuvent bien vous trouver.
Guenièvre fronça les sourcils en signe d’incompréhension.
— Qu’est-ce que vous bavardez encore ?
— Et bien, soyons honnêtes, vous n’êtes pas particulièrement jolie, tout du moins, pas au goût du roi, dit Mevanwi, en comptant ses arguments sur les doigts de ses mains. Vous n’êtes pas spécialement intelligente non plus, pas attirée par le trône, pas intéressée par les affaires d’état… Pourquoi vous ?
— Vous savez les choisir vous, dites, chuchota Léodagan.
Arthur préféra ne pas répondre.
— Ah, s’exclama Guenièvre avec un petit rire sans joie. Parce que vous pensez qu’ils m’ont choisie ? Ben tiens ! Ou que je voulais devenir reine, c’est ça ? À votre avis, c’est pour quelle raison que j’ai fiché le camp dans les bois ? Enfin, vu où ça m’a mené…
— Vous étiez reine, dit Mevanwi sèchement. Beaucoup à votre place n'auraient pas passé leurs journées à s’occuper de décorations, de broderies, et des maîtresses du roi.
— Parce que vous pensez que c’est quoi le devoir d’une reine, vous ? demanda Guenièvre. Vous savez, j’ai jamais voulu être reine, moi. Tout ce que je voulais, c’était…
Elle haussa les épaules et le fantôme d’un sourire se dessina sur son visage.
— Je sais pas vraiment, reprit-elle. Une histoire d’amour. Mais c’était pas ça, donc j’ai essayé de faire avec. Un mariage, c’est un partenariat, pour le meilleur ou pour le pire, non ? Vous devez le savoir, avec le seigneur Karadoc. Vous vous souvenez le lui, ou est-ce que vous avez vrillé au point de tout oublier ? Même si je connaissais pas Arthur, et ben, on s’est marié. Donc j’ai essayé. J’ai essayé d’apprendre à le connaître, à le soutenir, à encaisser les sautes d’humeur, les reproches, et autres. J’ai même essayé de m’intéresser à tout ça au début, vous savez. À la table ronde, aux doléances, et autres. Mais bon, après une cinquantaine de fois à se faire rembarrer, on finit par se lasser. Et puis, déjà qu’il a pas le fort pour déléguer à ses chevaliers, alors à sa femme !
Mevanwi secoua la tête.
— Au moins, votre disparition ne sera pas une grande perte.
— Surtout que vous pourrez me remplacer, c’est ça ? dit Guenièvre. Et ben, je vous souhaite bien du courage.
Mevanwi se redressa, forçant Guenièvre à lever les yeux pour continuer à la regarder.
— Vous remplacer ? répéta-t-elle en secouant la tête. Non. Le royaume de Logres est incapable de trouver un roi efficace, tout comme ses habitants sont incapable de comprendre ce qu’est la dignité, et le respect. Non. Le royaume de Logres n’aura bientôt plus besoin d’une reine, car il n’y aura bientôt plus de royaume.
Avant que Guenièvre ne puisse répondre, Mevanwi fit un geste au garde, qui glissa le bâillon entre les lèvres de la reine et le noua derrière sa nuque. Une dague apparut dans la main de Mevanwi. La lame, d’un noir plus profond que la nuit, vint caresser la gorge de la reine. Arthur dut poser une main sur le bras de Léodagan pour l’empêcher de se ruer vers sa fille, bien que l’effort qu’il faisait lui-même pour ne pas se précipiter vers les deux femmes était considérable.
— Vous m’avez empêchée d’avoir le trône, une première fois avec Arthur, et une deuxième fois avec Lancelot, murmura Mevanwi, tenant le menton de Guenièvre de sa main libre pour la forcer à tendre le cou et à la regarder, caressant de son pouce les lèvres de la reine. Mais tout cela prendra bientôt fin.
Elle pressa légèrement la lame, et une goutte de sang perla sur la peau blanche de Guenièvre, dont le visage resta impassible devant la folie de son ancienne amie. Mevanwi resta comme cela quelques secondes de plus puis, satisfaite, se leva, dissimula son arme entre les plis de sa robe. Sans un autre mot, elle fit demi-tour pour retourner à la tente, son garde s’inclinant devant elle avant de retourner patrouiller autour du camp.
— Je vous préviens, dit Léodagan d’une voix plus grave que d’ordinaire, les yeux fixés sur sa fille. Signal ou pas, j’attendrais pas cinq minutes de plus, et j’aimerais bien vous voir essayer de m’en empêcher.
Sa main était serrée sur le pommeau de son épée dégainée.
Arthur hocha la tête. Il regardait Guenièvre, et le filet écarlate qui ruisselait le long de son cou. Sa respiration, d’abord saccadée, se calma et il la vit prendre de longues et lentes inspirations, les yeux fermés comme si elle s’imaginait être autre part, loin. Arthur ne put s’empêcher de se demander où. En Carmélide, peut-être. Ou à Rome, en train de déguster de la pâte d’amande. Peut-être même à Kaamelott, même s’il en doutait.
Mevanwi allait disparaître dans la tente quand le son de sabots s’arrachant à la boue, et de roues chargées d’un lourd fardeau se firent entendre. Galessin et Lancelot apparurent, suivis d’une charrette à l’arrière de laquelle trônait une grande cage aux barreaux de fer.
— Moi vivant, dit Léodagan, se dégageant de la prise qu’Arthur avait sur son épaule, ils la mettront pas là-dedans.
Il fit un pas vers le camp mais Arthur se plaça devant lui, une main sur son torse pour le forcer à s’arrêter.
—Dégager de mon chemin, ou je m’occupe de votre cas avant d’aller en finir avec les traîtres et les traines-patins que vous avez laissé vivre.
Arthur mit une main sur la lame de l’épée de son beau-père, et l’écarta avec douceur de son visage. Il avait lui aussi dégainer, et le poids d’Excalibur dans sa main, habituellement source d’inquiétudes et de responsabilités, lui était étonnement rassurant.
— Si on y va maintenant, dit-il en prenant soin de rester caché par les arbres et de maintenir sa voix basse, ils auront le temps de la tuer avant qu’on ait pu faire trois pas.
— Vous préférez les laisser faire peut-être ? Dix ans qu’elle a—
— Non, l’interrompit Arthur. Mais on va pas non plus se jeter dans le tas comme des abrutis.
Il jeta un œil en direction du camp pour s’assurer que nul ne les avait repéré.
— Suivez-moi.
