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Yoshikako Kira détestait l’été. C’était une saison de tentations et de déceptions en boucle. Voyez-vous, la trentenaire japonaise, fonctionnaire depuis des années, pratiquait un hobby fort peu commun, une passion secrète… celle des mains féminines.
Malgré ses nombreuses conquêtes, les dîners romantiques, les moments intimes partagés avec ses petites-amies, Yoshikako Kira était ferme sur un point : elle n’était pas lesbienne. Elle ne prenait que les mains, le reste ne l’intéressait pas. Si elle ne s’emparait pas des mains masculines, c’était par simple choix esthétique. Les mains des femmes étaient si douces, si délicates, si finement sculptées… elle salivait rien qu’en y pensant. Mais trouver des cibles était difficile, surtout avec la réputation irréprochable que Kira souhaitait conserver. Il était parfaitement hors de question, par conséquent, qu’elle séduise d’autres femmes ou pire, qu’elle aille dans les bars lesbiens de la ville S. alors elle traquait ses proies, étudiait leur emploi du temps, les suivait jusqu’à chez elles à leur insu… ce en respectant ses propres habitudes. Elle avait en horreur que son quotidien paisible soit perturbé.
Heureusement, Morioh était une ville touristique. Les montagnes, l’entreprise fruitière Higashikata, la plage, et enfin le charme général de cette ville attiraient les touristes toute l’année, mais surtout en été. Pour le grand bonheur de Yoshikako, des femmes venues non seulement des quatre coins du Japon mais aussi du monde entier s’attroupaient à Morioh chaque été.
Elle détestait quand même cette saison.
Pour deux raisons. La première, c’étaient les touristes souvent envahissants qui perturbaient sa vie tranquille. La seconde, et pas des moindres, était la conséquence désastreuse de la chaleur.
« C’est quoi, cette odeur ? grimaça une collègue à la pause déjeuner. On dirait qu’un rat pourrit dans le casier de quelqu’un !
– C’est vrai, renchérit une femme de la comptabilité. Que font les agents d’entretien, sérieusement ? »
Alors qu’on débattait de l’origine de la puanteur, Yoshikako finissait silencieusement son sandwich. Elle détestait déjeuner entourée de ces poules, elle préférait largement le calme du parc municipal au brouhaha des bureaux. Elle devait faire exception cependant en cette journée de forte chaleur. Mais même la climatisation de l’office n’épargnait pas sa petite-amie d’une décomposition prématurée… elle ne l’avait eue qu’hier soir, c’était injuste !
Tenmei, une belle tokyoïte venue jusqu’à Morioh pour fuir la cacophonie de la capitale. Et elle devait déjà se débarrasser de sa main gauche à cause de cette maudite chaleur. Peut-être qu’en hiver, elle n’avait pas beaucoup de conquêtes, mais elles avaient au moins le mérite de durer plus d’une journée ! Si Tenmei était venue en des temps plus froids, Yoshikako l’aurait gardée deux semaines au moins… elle en était meurtrie aux larmes.
Elle serra son sac à main contre elle en mâchant son repas sans grand enthousiasme. Voilà à quoi se résumaient ses étés. Des repas dans son entreprise morne et des relations aussi brèves que frustrantes. Et avec regret, elle déploya Killer Queen qui fit disparaître la main gauche de Tenmei dans une explosion silencieuse.
« Au fait, Kira, fit sa collègue en se tournant vers elle avec un sourire aussi ridicule que sa coiffure. Ce soir, pour fêter l’arrivée de nos collaborateurs italiens, on organise une fête à la plage. Tu seras des nôtres ?
– Je ne sais pas trop, je comptais dormir tôt, ce soir…
– Allez, s’il te plaît ! Tu ne viens jamais aux réceptions, d’habitude, fais une exception, pour une fois ! »
Kira n’aimait pas les fêtes. Elle les évitait au maximum, même les apéritifs avec ses collègues. Entre les femmes et leurs discussions stupides et les hommes qui osaient lui faire la cour, tout l’irritait. Et bien se faire voir de ses supérieurs ne l’intéressait pas non plus. Elle voulait rester discrète. Mais la tentation de se trouver une innocente italienne à traquer se faisait de plus en plus forte car le vide que venait de créer la disparition de la main se faisait déjà sentir au fond du cœur froid de la femme…
« D’accord, je viendrai, répondit-elle calmement. Mais pas trop longtemps.
– Super, je t’ajoute à la liste des invités ! s’écria joyeusement son idiote de collègue. N’oublie pas ton maillot de bain ! »
Kira retint un grognement. Elle regrettait déjà d’avoir accepté.
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La jeune fille aux cheveux roses observait silencieusement sa patronne préparer sa tenue. Elle ajustait sa cravate, son col, ses manches. Elle se devait d’avoir une apparence parfaite, sa rencontre avec les yakuzas n’allait pas tarder. C’était la première fois que Passione nouait des liens internationaux, il fallait faire bonne figure.
« Vous êtes parfaite, patronne, sourit joyeusement la subordonnée après que la trentenaire ait appliqué une couche de son rouge à lèvre fétiche. Les yakuzas vont tomber sous votre charme ! »
Elle éclata d’un rire fin tandis que la plus âgée esquissa un léger sourire en tournant les yeux vers elle, les yeux brillant d’une étrange malice.
« J’espère bien qu’ils ne seront pas les seuls à être séduits ! »
