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Summertime Sadness

Chapter 2

Summary:

Retrouver Sam, ce n’était pas la ligne d’arrivée. Au contraire, ce n'était que le début. Le début d'un long chemin de croix que Bucky n’avait fait que contempler depuis sa disparition.

Chapter Text

L'été est brûlant.

Et la tristesse l'accompagne.

Kiss me hard before you go

Les bips incessants. Les murmures des médecins. Leurs pas glissant sur le linoleum. Leurs regards inquiets. La lumière crue, aride, de la lampe. Trop forte, trop pâle. Elle donne au patient l'aspect de quelqu'un qui est déjà mort.

Summertime Sadness

Cette lampe semble leur dire de ne pas trop espérer. De s'habituer à l'idée du cadavre. De se faire au fait le plus probable.

Le sang sur les instruments. Les cotons imbibés de rouge. Les mains gantées de bleu qui flottent dans les airs, sous cette foutue lumière crue.

I just wanted you to know

Il leur faut du temps, à tous, pour accepter ce qu'ils voient. Il leur faut de longues minutes de contemplation silencieuse, enveloppée d'une fascination presque morbide, pour qu'ils acceptent l'évidence. Ils butent, comme s'ils relisaient une phrase plusieurs fois avant d'en comprendre le sens.

Mais le bip incessant des machines, les murmures des médecins, le glissement de leurs pas sur le linoléum, leurs regards inquiets, le sang sur leurs instruments, sur les cotons, sur les gants bleus de ces mains qui flottent au-dessus du corps, le tout éclairé par la lumière crue, converge vers cette idée.

Sam Wilson est aux portes de la mort.

That baby you're the best

Bucky déteste les hopitaux. Les murs blancs, l'enfermement, l'odeur aseptisée. Ce sont des lieux trop chargés de connotations, de souvenirs, d'associations d'idées, pour qu'il se sente à l'aise dans ce milieu anonyme. Tout le monde est masqué, parle à voix basse. La mort se balade dans les couloirs et dans son sillage entraine le désespoir et la folie.

La folie des patients et le désespoir de leurs proches.

A l'étage des soins intensifs on peut entendre les cris de ceux qui délirent encore. Ceux qui voient encore les murs des cellules d'HYDRA à la place de la peinture blanche de l'hôpital.

Cette journée a certainement été la plus longue de sa vie. A l'aube, ils ont retrouvé la base d'HYDRA, selon les informations du Baron Zemo capturé quelques jours plus tôt. Ça a été une traque sans merci. Personne ne parlait, personne ne plaisantait pendant ces longues heures de recherche, penché sur des dossiers papiers ou derrière des écrans d'ordinateur. Bucky ne sait même plus combien de temps ils ont cherché. Tout ce dont il se souvient, c'est que l'assaut a frappé avec le lever du soleil.

Mais il ne savait pas que ce n'était que le début du voyage. Que retrouver Sam, ce n'était pas la ligne d'arrivée. Ils ont tous été naïfs de le croire. Et Bucky a certainement été le plus naïf d'entre tous. Retrouver Sam, en réalité, n'était que le début de ce long chemin de croix. Un chemin que Bucky n'avait fait que contempler depuis la disparition de son ami.

A ce stade ni lui ni aucun des Vengeurs ne sait avec précision ce qu'HYDRA lui a fait. Ont-ils joué avec sa tête ? Ou se sont-ils juste amusé à démonter son corps, à le torturer pour le plaisir, en songeant à tout le mal qu'il faisait à Captain America et ses troupes à chaque fois que le Faucon poussait un cri ? Bucky ferme les yeux en se rendant compte qu'il ne veut pas connaitre la réponse. Qu'il ne veut pas savoir ce qu'ils ont fait à Sam dans cette salle lugubre où il l'a retrouvé, qu'il ne veut pas imaginer les hurlements qu'il a dû pousser, ou retenir. Il pense qu'il connait assez Sam pour savoir que même avec tous les doigts en moins, il n'offrirait pas à ses ennemis la satisfaction de le voir souffrir. Il pense que même brisé, il garderait le menton relevé et le regard fier.

Et il se rend compte, qu'en réalité, il n'en sait rien.

Peut-être que Sam a hurlé dans cette salle. Peut-être a-t-il pleuré, supplié pour sa vie. Et qui pourrait lui en vouloir. HYDRA n'est plus, mais a eu le temps de laisser un tas d'os et de plume à la place d'un homme ailé d'autant de courage que de force.

Derrière la vitre sans teint, les Avengers attendent.

Il fait toujours aussi chaud. Mais personne ne sait si c'est la chaleur suffocante, ou la peur qui rend leurs mains moites et leur front brillant de sueur.

Bucky respire à peine. A sa droite, Natalia semble murmurer une prière en russe. De temps à autre, on entend filtrer le nom de Sam. Parfois, un « s'il-te-plait ». Sur la rampe du mur de l'hôpital, ses mains tremblent, de même que ses lèvres et ses paupières. Elle n'essaye pas de retenir l'eau qui se fait de plus en plus présente devant ses prunelles verdoyantes, elle n'essaye pas de cacher le bout de son nez rougeoyant.

A gauche, Steve serre la rampe si fort que ses mains en sont devenus blanches. Sa mâchoire est si tendue qu'elle donne l'impression d'être au bord de la rupture, mais c'est certainement l'esprit lui-même du super-soldat qui est sur la corde. Ses narines se dilatent par intermittence. Ses yeux brillent.

Clint, à côté du Captain, a la tête basse. Les deux mains sur la rampe, une jambe légèrement pliée devant lui, son visage et son expression sont plongés dans l'ombre.

Bucky comprend. C'est à peine s'il ose regarder. C'est à peine s'il arrive à se faire à l'idée du fait que le corps sans vie allongé sur ce lit est celui de Sam. Sa gorge est si serrée que c'est à peine s'il respire et son cœur bat si fort qu'il n'entend presque plus rien aux alentours.

Il y a la tristesse, mais il y a aussi la rage. Parce qu'ils sont arrivés trop tard. Parce qu'ils sont devenus des Avengers pour protéger les populations. Et ils ne peuvent même pas protéger ceux qui leur sont le plus proche. C'est à peine s'ils peuvent le venger maintenant.

Plus personne ne fait semblant, derrière la vitre. Personne n'essaye d'être un archer rieur et décontracté, un soldat au cœur d'or, une espionne froide et grinçante à l'humour noir. Ou un assassin repenti. Il n'y a qu'un groupe d'amis, qui craint pour la vie d'un des leurs.

La perte d'un membre de l'équipe est la même pour tout le monde. C'est comme l'amputation d'un membre d'un corps. La tristesse est la même pour tout le monde. Elle est forte, suffocante, étouffante, comme la chaleur environnante, qui les empêche de respirer et alourdi leurs poumons de seconde en seconde.

La porte de l'étage s'ouvre à la volée. Scott Lang traverse le couloir en courant. Essoufflé, les yeux rouges, les bras tremblants, il se poste devant la vitre. Et quand il voit, il plaque sa main devant sa bouche pour retenir un cri. Scott fait deux pas en arrière. Le cœur de Bucky rate deux battements.

Il aimerait poser sa main sur son épaule, essayer de le réconforter. Lui dire à quel point il est désolé. Mais Bucky a l'impression –il sait- que rien de ce qu'il ne pourra dire n'arrangera quoi que ce soit. Il n'a pas pu être là à temps et maintenant, c'est trop tard.

Il essaye de ne pas penser à lui. De ne pas écouter parler la culpabilité qui l'étreint avec la violence et la force d'un feu de forêt.

Arrivent les jumeaux Maximoff. Pietro avance doucement, ou plutôt, à un rythme normal, pour ne pas laisser sa sœur seule. Il pâlit devant la glace sans tain. Et il ne faut qu'un regard à Wanda à travers la vitre pour pousser un gémissement et se réfugier dans les bras de son frère. Le cœur de Bucky éclate. Wanda est comme ça. A fleur de peau. Une seule seconde, une seule vision peut créer un choc, une émotion aussi forte que si elle avait, comme eux, assisté à ce cauchemar du début à la fin.

Et si le pire finissait par arriver ? Cette question tombe sur Bucky comme la foudre. Il ne respire déjà plus. Il refuse d'y penser mais c'est trop tard, la question le pourfend, s'entaille dans sa peau, et s'y incruste comme une aiguille à suture.

Bucky sait que si Sam meure ce soir, plus rien n'aura d'importance. Quand Sam le rassurait, lui souriait, illuminait ses journées, il croyait à cette joie, il voulait croire en lui-même autant que Sam croyait en lui, mais il n'avait jamais réussi à croire qu'en Sam. Qu'est-ce que valait tout cela si jamais il n'était plus là ? A quoi cela servirait-il encore à Bucky d'essayer d'être un homme meilleur si l'un des seuls à encore y croire n'était pas là pour le voir ?

L'encéphalogramme s'emballe.

Les médecins prennent le défibrillateur.

Steve serre les dents. Le métal de la rampe ploie sous sa poigne.

Natalia baisse la tête.

Wanda noie ses mains dans son visage et Pietro son visage dans ses cheveux.

Scott éclate en sanglots.

Bucky quitte les lieux.

I got that summertime, summertime sadness

Au fil des jours, Bucky ne veut pas entendre les paroles réconfortantes qui passent d'un Vengeur à l'autre. Celles que l'on dit quand quelqu'un est déjà mort. Celles qui croient connaître les paroles du mort mieux que le défunt lui-même. Celles qui commencent déjà à dire que Sam n'aurait pas voulu qu'il se morfonde.

Alors que peut-être que Sam ne sera plus jamais là pour dire ce qu'il voulait ou pas.

Bucky a passé trop de temps soumis à ceux qui parlaient à sa place pour encore subir ces âneries.

Il se moque d'avoir l'air têtu, incapable de faire un deuil qui n'est même pas encore confirmé. Il se moque d'avoir l'air obtus, fermé à tous les mots qui peuvent passer par toutes les têtes, brunes, blondes ou rousses. Parce que tout est en train de perdre son sens. Même la chaleur de l'été ne représente rien maintenant. Le cœur de Bucky est plongé en plein hiver.

Il se sent sur la corde. Tout ce temps qu'il a passé à essayer d'être un homme de bien semble s'étioler en même temps que la vie de Sam, dans un lit d'hôpital alors que Steve tente de lui faire prendre au moins une gorgée de café.

Si Sam meure –il déteste cette phrase. Mais quelque chose boue à l'intérieur de lui. Sa peau brûle sous le soleil estival.

Si Sam meure, il n'y aura pas un agent de l'HYDRA qui en ressortira indemne. Toutes ces vies qu'il a épargnés, toutes ces vies de chien, dépendent du cœur de Sam à présent. Parce qu'il n'y aura jamais assez de sang, jamais assez de morts, jamais assez de villes brûlées jusqu'à la cendre pour effacer la tristesse qui tisse déjà sa toile autour de Bucky, et qui l'étouffe. Maudit été.

Il ne savait même pas qu'il y tenait autant. Il ne savait même pas qu'il avait fini par s'accrocher à cette vie qui n'était pas la sienne. Quelque part, il a l'impression d'être ridicule. D'avoir apprécié la vie de Sam bien plus qu'il n'a jamais apprécié la sienne. D'être devenu ainsi dépendant –il ne sait même pas de quoi-, sans s'en rendre compte. D'avoir cousu tout ce en quoi il croyait sur le sourire de Sam. D'être incapable d'encore garder le contrôle de lui-même, lui qui a tant lutté pour recouvrer son libre arbitre. Lui qui s'est tant battu pour redevenir ce qui s'approche le plus d'un être humain. Il se rend compte qu'il tout si Sam s'en va avec l'été. Tout ce combat devient vain. A quoi lui sert-il encore de se faire appeler « soldat » ? Tout ceci, n'est-ce pas la preuve d'une lâcheté inhérente, qu'il n'a jamais été digne du combat qu'il a tenté de livrer ?

Natalia secoue la tête quand il lui pose la question. Sa petite main blanche prend place sur son épaule, puis sur sa joue, quelques secondes. Elle n'a pas besoin de parler pour lui faire comprendre que ces pensées sont uniquement dues à la tristesse.

Bucky ferme les yeux et espère mourir étouffé par l'été.

Il se souvient de ce jour, de cette conférence de presse, où ce journaliste l'a presque ouvertement traité de traître. Il se souvient de Steve cassant son verre sur la table, de la levée de bouclier de la part des Vengeurs. Et il se souvient de Sam se mettant debout, micro en main. Il se souvent de cet homme qui était prêt à se battre pour lui sans plus se préoccuper de rien.

Et il se souvient avoir échoué, le jour où lui a essayé de protéger Sam. Bucky ferme les yeux. Il veut arrêter de penser à lui et à sa pauvre tristesse.

La porte s'ouvre.

Think I'll miss you forever
Like the stars miss the sun in the morning sky

Il est épuisé. Pâle. Amaigri. Ses cernes sont comme deux coups violents portés à ses yeux bruns. Et pourtant, un léger sourire étire les lèvres de Sam quand ses amis entrent dans sa chambre d'hôpital. Natalia passe ses bras autour de ses épaules la première. Scott ne sait pas s'il doit le regarder pour s'assurer qu'il est en vie, ou s'il veut juste le serrer contre lui. Steve essaye d'être plaisantin mais ne parvient qu'à lâcher quelque chose d'incompréhensible. Il essaye de ne donner qu'une petite accolade à Sam, délicate, comme s'il craignait de le briser, mais il ne peut pas le lâcher non plus. Wanda pleure. Clint et Pietro lui disent à quel point c'est bon de le revoir.

« Où est Bucky ? »

Later is better than ever
Even if you're gone I'm gonna drive

Bucky est dehors. A l'extérieur de la chambre, les bras croisés, la tête basse. Il lève la tête en entendant son nom, prononcé par cette voix qu'il avait tant craint de ne plus jamais entendre. Mais il se détourne. Il s'en va. Il ne peut pas rester. Sa tête est une tornade, un torrent.

Il a l'assurance que Sam est vivant. Et c'est tout ce qui importe.

I got that summertime, summertime sadness

Mais dans le couloir, Bucky s'arrête. Les bras ballants, trempé de sueur à cause de la chaleur étouffante, les yeux dans le vide, il ne bouge plus.

Et c'est tout ? Après toutes ces nuits à se morfondre, après toutes ces recherches, il est prêt à s'en aller comme ça ?

Mais il ne peut pas croire. Il ne peut pas croire que Sam le réclame. Il ne peut pas croire que Sam veuille le voir. Il ne peut pas croire qu'après ce cuisant échec, il prononce encore son nom et veuille encore le voir.

Sauf que ce n'est pas à propos de lui. C'est à propos de Sam. Oui, Bucky a honte. Oui, Bucky pense qu'il ne sera plus jamais digne du sourire de Sam. Oui, Bucky pense que son ami serait mieux le plus loin possible de lui. Mais est-ce important, finalement ? Parce qu'un homme qui a dormi dans le même lit que la mort des jours entiers veut le voir maintenant. Ce n'est pas à propos de lui, de sa culpabilité, de ses fautes. Sam se moque de ça. Sam veut le voir. Comment pourrait-il encore espérer être digne de quoi que ce soit, s'il refuse de lui faire face ? Fuir, maintenant, même s'il essaye de se faire croire le contraire, c'est égoïste. Et égoïste, Sam ne l'a jamais été.

Alors Bucky fait demi-tour. Presque en courant. En courant. Il ouvre la porte de la chambre, et Sam est là. Sam est vivant. Il lui sourit. Tend la main vers lui. Bucky traverse la chambre à grandes enjambées, et en oublie la présence de tous ses amis autour de lui. Il en oublie l'été, il en oublie la tristesse. Pourtant, Sam n'est pas là pour ça. Ça n'a jamais été sa mission, ça n'a jamais été son rôle. Sam n'était pas là pour rendre Bucky heureux, pour lui faire oublier ses problèmes. Et pourtant, c'est le cas. C'est arrivé, tout simplement. Bucky s'en rend compte maintenant.

Sam lui prend la main, et le fait se rapprocher encore.

L'été est toujours brûlant.

Mais la tristesse, elle, s'en est allée.

Notes:

Pourquoi Summertime Sadness ? Parce que.. Le soldat de l'hiver... Summer. Oui je devais faire cette blague. Désolée.

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